Comment nous nous voyons, nous les Roms

 

 

Je suis Tsigane

 

Je veux parler de la détresse qui m’envahit

La nuit quand je ne dors pas

Je n´en plus, j’en ai assez

De tous ces regards qui s détournent de moi

 

Je veux qu’on me regarde tel que je suis

Je suis Tsigane, je n´ai pas choisi

Comm’toi je ris, je pleure aussi

Que l’on m’accepte, juste un regard, un sourire suffit

 

Mais qu’est-ce que j’ai bien pu faire au Bon Dieu ?

Je suis Tsigane, pauvre et malheureux

Errant, souffrant, miséreux

En ce bas monde, pourquoi je dois baisser les yeux

 

A la deuxieme reprise avant la fin :

 

Je veux qu´on me regarde tel que je suis

Je suis Tsigane, j´ai pas choisi

Tsigane, Manouche, Rom, Gypsy,

Que l´on m´accepte, juste un regard, un sourire suffit

 

texte Alain Gillier

 

Damian Le Bas, This is Gypsyland, mixed media on globes (found objects), 2014
 
Le Monde Rom
Exposition de l´art contemporain rom 
Have a look into my life!
Médiathéque Mathéo Maximoff
Paris 2014
 

Rap de fin de Spartacus

du film Spartacus et Cassandra de Ioanis Nuguet

C’est comme la guerre pour avoir la paix
Ne vous étonnez pas si demain on pète les cloisons
On m’a dit petit « t’es mal barré, t’es pas au bon arrêt
« fallait pas être né,
maintenant tu vas trimer »
« tendre des mains pour manger,
casser des vitres pour voler »
« Attrapé par les flics pour être jugé »
« placé en foyer pour être éduqué »
On m’a dit « petit, t’as le choix »
« Soit tu restes là jusqu’à crever,
soit tu remontes dans le bus avec les gadjés »
Visite guidée des beaux quartiers
On se croirait à Euro Disney
Elle est belle leur société
À les croire
on devrait tous se l’arracher
Et par tous les moyens s’y insérer
Papa, j’ai choisi, et j’arrête pas de pleurer
Je m’accroche à ma promesse
je reviendrai
On vivra pas comme des rois, jamais, rêve pas papa
En Roumanie, t’auras jamais de villa
Je nous construirai un petit nid
de quoi vivre tranquille à l’abri
J’ai 16 ans Papa, j’ai la rage
La prof m’a annoncé, que j’pouvais pas aller au lycée
Je fais du rap de vérité
Je sais bien qu’ça touche pas les gadjés
Je leur dis que je vais réussir
Que même un Rrom peut s’en sortir
Mille fois on a failli mourir
Voilà ce que je veux leur dire
Mon peuple n’est pas mort
Il va venir
C’est comme la guerre pour avoir la paix
NE vous étonnez pas
si demain on pète les cloisons
ça va faire un an que je ne t’ai pas vu
On a fini par savoir que t’étais en prison

Au moins là-bas t’arrêteras peut-être la boisson
Gardes la tête en l’air Papa
Je viendrai pas te voir au parloir,
pour te raconter la liberté
L’école me fait péter les plombs
à les entendre,
je serais le dernier des cons
Je repense à ma vie d’avant sur le terrain
Sparta, « Il sait écouter, il sait parler »
C’est toujours moi qui négociais
Ça les a pas empêché de nous foutre dehors,
Et certains, en plein hiver sont morts
A quoi ça sert de parler si ça nous empêche pas de crever ?
Je suis exclu de votre société, malgré ma volonté
J’ai cru à votre idée
J’ai quitté mes parents, j’ai tout renié
Qui décide d’intégrer ?
C’est toi qui vas juger si je t’ai mérité ?
C’est ma tête qui te revient pas,
le français que je parle, qui vient de trop bas
c’est la pauvreté qui te fais peur
Les gens sans argent ont tellement rien
qu’ils pourraient voler ton bonheur
C’est pas ta pitié que je mendie
Tu risques pas de crever, parce que tu m’ souries
c’est ton cœur qui chaque jour rétrécie
Quand j’étais petit, je pensais qu’on était des gens à part
On avait les plus belles maisons de Roumanie
du bois partout et des toits en miroirs
Je pensais que les autres étaient jaloux
et que pour cette raison ils s’attaquaient à nous
alors on est parti en France,
les bagages légers et plein d’espérance
Un jour, vous entendrez une voix
Une voix que personne
ne pourra taire.
Les flics et les ministres ne vous feront plus peur
Vous les regarderez en face
Les poings serrés
Il sera l’heure

Spartacus