Nos qualités

La culture pour la survie

Chez les Roms, il n´y a pas de gouvernement, et les gouvernements de référence ont d´autres priorités que la culture en ces temps de crise et d'éternelle transition quand, selon toute évidence, la nourriture du corps est à pourvoir en premier lieu... La majeure partie de la population rom est en situation de détresse face aux questions fondamentales de l´existence. La survie au jour le jour est devenue une culture de la vie tout court. Alors il ne faut pas s´étonner si, du moins dans la représentation intellectuelle, parfois politique, nous sentons chez les Roms souvent une réticence, voire un refus à se positionner d´une manière non équivoque par rapport à la culture, au culturel. Bien sûr, le cliché romantique du Tsigane artiste a fait son temps, et ne peut plus servir de référence à un discours intellectuel un tant soit peu cohérent. Mais il y aussi, et dans plus d´un cas, une distance, sinon un rejet de ses propres origines sociales.

Qu´en est-il sur le terrain? En nous référant aux localités fréquentées au cours de nos tournées (camps des migrants roms roumains de la Région parisienne, terrains des "Gens du voyage" à travers la France, villages roms en Roumanie) et bien sûr, avec comme référence quotidienne les osada slovaques, où vivent tous les enfants et les jeunes des Kesaj Tchave, nous ne pouvons que constater que la culture est vitale, fondamentale, ce "quelque chose" qui reste quand il n´y a plus rien, et en ces endroits c´est le constat de l´évidence – il n´y a plus rien...

Alors que ce soit le manélé, décrié par les puristes, adorateurs du seul, vrai folklore roumain, que ce soit le disco-rom slovaque, risée de tout "musicien sérieux" slovaque, ces deux courants, ou disons juste ces deux manières soi-disant simplistes de faire de la musique de consommation, eh bien pour tous ceux qui les vivent au fond de leurs caravanes délabrées éparpillées au jour le jour, qui les écoutent dans nos osadas, à grand renfort de décibels débridés, c´est une culture populaire dans tous les sens du terme, et en premier lieu dans le sens de la nourriture non seulement de l´esprit, mais aussi celle de l´âme, nourriture sans laquelle il ne serait pas possible de survivre, même, et avant tout, quand on se bat pour survivre tout simplement, au jour le jour.

Oui, la culture, la musique, la danse, est ce brin de paille auquel on se raccroche quand on coule, c´est la mélodie du départ au front, c´est ce qui nous fait vivre, exister, et dans l´univers tsigane, qui est celui des gosses de Kesaj Tchave, cela aide énormément, au jour le jour. En attendant les jours meilleurs lorsqu´ils auront fini l´école, le lycée, la fac... tout cela est envisageable puisqu'au terme de plus de dix ans de scène, les Kesaj Tchave, nous avons ouvert un collège rom, et si nous arrivons à durer, à résister, à survivre, eh bien nous irons jusqu´à l´université, même en sortant de l´osada, de la colonie, du bidonville, et même si c´est en musique, s´il vous plaît...

Texte rédigé pour MP 2013 par Kesaj tchavé, groupe de musique et de danses roms formé de jeunes et d'enfants issus de bidonvilles de Slovaquie. Le groupe est programmé à plusieurs reprises dans le cadre de la Capitale européenne de la Culture.

Roms et Tsiganes-MP2013.pdf (2286911)