Histoire - extraits 

 
Congrés mondial rom, Genéve 1978
 
 

Les Tsiganes dans la bataille pour la patrie

La résistance armée,  Nikolai Bessonov

 

Bohémiens en voyage

La tribu prophétique aux prunelles ardentes
Hier s’est mise en route, emportant ses petits
Sur son dos, ou livrant à leurs fiers appétits
Le trésor toujours prêt des mamelles pendantes.

Les hommes vont à pied sous leurs armes luisantes
Le long des chariots où les leurs sont blottis,
Promenant sur le ciel des yeux appesantis
Par le morne regret des chimères absentes.

Du fond de son réduit sablonneux le grillon,
Les regardant passer, redouble sa chanson ;
Cybèle, qui les aime, augmente ses verdures,

Fait couler le rocher et fleurir le désert
Devant ces voyageurs, pour lesquels est ouvert
L’empire familier des ténèbres futures.

Les fleurs du mal, Charles Baudelaire, 1857

 

Dans le temps, chez ma Grand Mère

dans un tout petit village d'Auvergne, une famille de Gitans venaient la voir en été chaque année pour lui demander de pouvoir utiliser un de ses terrains le long d'une route, bien ombragé et avec l'accès à l'eau courante. Le rituel était immuable. La femme la plus âgée du clan venait la visiter, avec les plus jeunes de ses petits enfants. Ma Grand Mère leur offrait une collation, café, thé, jus d'orange, biscuits et gâteaux... On discutait des enfants et petits enfants des uns et des autres, puis venait l'instant de la vente de dentelles que ma Grand Mère lui achetait et qu'elle gardait dans un grand carton d'une année à l'autre, l'utilisant parfois pour décorer une nappe ou un couvre lit. Alors que je m'étonnais un jour qu'elle accumulait des dizaines de mètres de dentelles d'année en année, elle m'a répondu que d'abord c'était joli (et certes, c'était vrai) et qu'ensuite c'était là faire oeuvre de charité chrétienne que de récompenser le bon travail des braves gens quels qu'ils soient. Et non pas de donner sans contrepartie. Le dimanche, elle passait chercher ma Grand Mère pour aller à la messe ensemble.
Ils restaient quelques jours et puis repartaient, laissant le terrain comme ils l'avaient trouvé jusqu'à l'année suivante.
C'était un temps il me semble où les gens vivaient plus simplement et plus proche les uns des autres, ce qui n'a jamais exclu les problèmes bien sûr, mais où il n'y avait pas besoin de lois et de contraintes. Ma Grand Mère est morte un jour, la matronne des Gitans continuait à passer et vendre sa dentelle cette fois ci à mon père et ma mère et ne manquait jamais d'aller faire une prière sur sa tombe. Elle est morte aussi quelques années plus tard. Sa fille a continué quelques temps. Et puis ils ont disparu.
De toute façon, il n'y a plus de messe au village, faute de curés et de fidèles. Moi-même, je ne me rends plus guère dans le village et la maison ancestrale. Mais j'ai gardé la boite à dentelles.
 

Žarko Jovanovič

auteur du texte de l´hymne rom Dželem dželem