Résidences a Rennes

 
 
 

 

La tournée de printemps 2013 reposait sur une résidence du groupe à la MJC Bréquigny. Cette idée germait depuis bien longtemps. Nous sommes déjà passés à deux reprises à Bréquigny. En 2008 et en 2010, toujours avec un franc succès. Avec nos différents partenaires, nous souhaitions donner un cadre plus serein à la prochaine venue, et une résidence artistique nous paraissait la plus approprié pour encadrer un tel projet. Mais les choses avaient du mal à avancer, la situation des institutions culturelles en France est loin d'être simple, et il a fallu réunir plusieurs intervenants pour que le projet,  au bout de plusieurs années, puisse enfin aboutir. L'association Yepce, donc notre ami Johann, épaulé aussi par des nouveaux venus dans l'aventure, tels que la fameuse chorale Les Têtes à l'Est, ont enfin réussi à concevoir et écrire un projet pédagogique de résidence en partenariat avec des écoles de Rennes, et à le présenter à des interlocuteurs tels que le Conseil Régional, la Ville, etc. Les promesses des prometteurs n'ont pas toujours été suivies d'effets, mais grâce à la détermination et l’enthousiasme de nos amis le projet s'est peu à peu mis en place, et malgré des désistements de certains partenaires financiers, il pu enfin voir le jour. Il est à souligner que le projet a été entièrement porté par nos partenaires de Rennes. Livré clefs en main. A ce stade, c'est une implication directe et décisive dans l'évolution même du groupe, sans eux la tournée n'aurait pas lieu, nous mêmes étant trop accaparés par les événements relatifs à la marche du collège à Kežmarok, pour nous investir encore à l'extérieur. Donc c'est un apport  véritable, consistant, permettant de nouveau de franchir un cap, de poursuivre dans la continuité, en faisant fructifier les acquis du passé.  Ce n'est pas qu'une tournée de plus parmi d'autres… Chaque tournée, chaque événement est important, fondamental, essentiel pour continuer, pour exister. Et à ce titre l'implication de nos partenaires externes dépasse uniquement le stade d'ingérence extérieure, leur action rejoint le fondement même du groupe, fait partie de sa construction au quotidien, celle qui assure la survie et la pérennité du projet initial.

 

La résidence à Rennes était prévue sur une semaine, en chevauchant sur le temps des vacances scolaires de Pâques en Slovaquie, eh oui, nous ne voulons pas que nos élèves manquent trop aux cours... Le projet étant bien monté, nous n'avions pas besoin à priori de chercher d'autres productions pour compléter la logistique. Mais spontanément d'autres occasions de spectacles se sont présentées, et bien sûr, nous n'allons pas les refuser. Une tournée sur un peu plus de deux semaines se profilait, la résidence à Rennes en premier et avec comme partenaire complémentaire le festival Latcho Divano de Marseille, où nous sommes déjà passés il y a quelques années. Avec le soutien de Jean-Pierre Liégeois et Elisabeth Crose pour le relais avec Marseille Provence 2013, capitale européenne de la culture, et aussi le Cirque Romanes qui lançait son Centre culturel itinérant Tchiriclif, en passant par Cergy et Sérent en Bretagne. Bien que certaines questions d'hébergement et de prises en charge n'étaient résolues que peu avant notre départ, on peut dire que tout se passait dans une certaine sérénité, en tout cas bien plus grande qu'à l'habitude. Nous étions toujours incapables de préciser exactement le nombre de participants, finalement au départ nous étions 36, plus les deux chauffeurs, donc pas trop de débordement…

 

Ateliers et débats

On repart vers minuit pour Rennes.  Il est évident que le lendemain tous ne pourront pas prendre part aux ateliers du matin, vu que nous sommes rentrés qu'au petit matin. J'assure ce qu'il faut avec quatre anciens, et c'est pas plus mal, on a la possibilité ainsi de se concentrer un peu plus sur les détails et de valoriser plus les élèves. Un peu avant midi le reste du groupe nous rejoint mais l'après-midi est consacré dans l'essentiel à des activités de récréation, une partie de foot et une répète générale pour ne pas dire… tout cela favorise naturellement de sympathiques échanges et découvertes mutuelles. Avec les enseignants qui accompagnent les classes nous sommes sur la meme longueur d'onde, allors tout va bien. Nous nous réservons un laps de temps conséquent pour la préparation au spectacle, nous avons dit aux élèves d'apporter des vêtements colorés qui pourront se prêter au jeu de scène, et nous prêterons des costumes à ceux qui n'en auront pas. Tout le monde se prend au jeu, les filles se maquillent comme des stars et se parent des robes au mieux, les garçons ne sont pas en reste avec au moins des foulards autour des hanches.  La salle de la MJC est bien remplie, la scène aussi – nous étions pas loin d'une centaine à jouer, danser et chanter… C´est quand-même une sacrée production, et rien que la gestion des déplacements de cette masse mouvente entre la scène en haut et l´espace devant les gradins en bas, de toute cette foule d´artistes en herbe, exités de participer à leur première expérience artistique en public, est un vrai challenge.   Ce sont les montées et descentes de scène qui présentent le plus de risques, il faut assurer la sécurité au maximum, les enseignants ont su aussi instantanément  s´adapter à la „méthode kesaj“, et ensemble nous arrivons à gérer une situation qui s´apparente par moments plus à un rodéo qu´ à une partie de scrable… Mais le spectacle ne consiste pas uniquement en montées et descentes sur scène, bien que c´est déjà un exploit en soi.  L'enthousiasme général aidant, on arrive aussi  à produire quelque chose qui tient la route sur scène, s'apparente bien  à du spectacle, donne du plaisir tant aux spectateurs qu'aux acteurs. Je pense honnêtement que le contrat est bien rempli, le travail qui a été fourni depuis six mois a été valorisé comme il se doit, tout le monde a vécu des moments très intenses que personne n'est prêt d'oublier. J'étais surpris par la spontanéité et l'entrain des enfants  français. Ils étaient très naturels, n'étaient pas du tout refoulés, participaient pleinement à l'action. Comme me l'a expliqué un des enseignants accompagnateurs, en fait ils représentaient un peu le même schéma social que nos enfants à nous. L'immigration, l'exclusion, le chômage. Il ne faut pas croire qu'il y a des problèmes que dans les bidonvilles tsiganes…

Le soir nous allons changer de gîte, pour ne plus en changer jusqu' à la fin du séjour à Rennes. Ce n'était pas plus mal. On était dans un haras avec plein de chevaux tout autour de nous, quoi de mieux pour le mental et la santé… Il y avait des cuisines immenses à notre disposition, qui nous permettaient une restauration du soir dans notre régie, grâce aussi à des provisions dues à la Banque alimentaire, plus que conséquentes. Donc le projet de ratrappage nutritionnel pouvait être poursuivi dans toute sa splendeur. Aux calories se sont ajoutés aussi des vêtements. Johann a préparé le coup  avec Cécile depuis fort longtemps. Des gros paquets de fringues et de chaussures nous attendaient, et c'était plus que de mise, vu l'état de détresse  vestimentaire des petits en premier lieu, mais les grands n'étaient pas en reste non plus, et tout le monde a pu bénéficier de cette embellie de la confection.  Au deuxième jour nous étions rejoints par Cassandra, une rescapée du Hanul, qui vit maintenant à Nogent avec Camo, en placement. Son frère, Spartacus, n'a pas pu venir, à cause des histoires de police, qui lui cherchait des noises suite à des échanges sur le net. On n'arrête pas le progrès…

Le reste du séjour était mené tambour battant, avec des interventions le matin, l'après-midi, parfois le soir. Des journée ultra bien remplies. Impossible de faire dans la demi-mesure, toujours à fond. Ce rythme soutenu était tout à fait ce qu'il nous fallait. Chez nous, nous sommes en manque de pratique, les répétitions deviennent périlleuses à cause du voisinage ingrat, et aussi à cause du coût financier, donc de plus en plus rares, alors on se rattrape volontiers lors de cette résidence qui en est une dans tous les sens du terme.  Au fur et à mesure que les journées passent nous nous produisons aussi dans le lycée Emile Zola, devant des élèves du secondaire. Une expérience très intéressante avec le débat qui suivait notre prestation. Le soir même un autre débat était organisé, et puis des ateliers et des spectacles… De quoi bien s'occuper.

Les repas de midi étaient pris à la MJC, Issaï et Meklésh prenaient spontanément la relais en organisant des discothèques improvisées de manelé roumain en faisant danser  les minettes françaises du secondaire qui partagaient avec nous les locaux à midi, et qui n'en revenaient pas: „Tu aurais vu leurs regards. Absolument craquants…“ (extrait dedialogue entre deux étudiantes à la sortie de la MJC…). Bref ça baignait, je ne compte pas les quelques accrochages bénins entre nos ados que je résolvais sur le champ par des séries de pompes illico, et en donnant des solos en duo aux principaux protagonistes au spectacle suivant. Mais il fallait être sur ses gardes, la fatigue aidant, tout pouvait arriver. Heureusement, à part un évier qui n'a pas tenu le coup dans la chambre de Cyril, tout a été ok et on pouvait aborder la soirée finale, l'apothéose de toute la semaine. Il y  avait qques bobos, des angines et petites grippes, dues aussi au froid persistant, et manque de bol, certaines chambres n'étaient pas chauffées, donc ça n'arrangait rien à l'affaire avec la météo qui ne voulait pas lâcher un rayon soleil. Durant tout le séjour Cyril s'est donné à fond, remplaçant avec Stéphane Stano, qui n'est pas venu avec nous. Nous pouvons compter aussi sur le concours de Helena de Rakúsy, la mère de Rastik et de Maria, qui était avec nous et était très efficace.

Pour la première fois, depuis des années, Stano n'a pas pris part à notre tournée. Il était parti un peu avant Noël rejoindre sa famille dans le sud. Ou plutôt, nous l'avons fait partir. En effet, hélas, il devenait de plus en plus exécrable, ne participait pratiquement plus à aucune de nos activités, il était manifestement  mal dans sa peau et le changement de décor s'imposait pour lui. Comme cette situation ne datait pas d'hier, ça faisait carrément des années que ça traînait, alors il était évident qu'il lui fallait trouver une autre façon d'exister, qui pourrait le satisfaire et rendre heureux.  Il est donc revenu chez ses parents et ne reste qu'à souhaiter qu'il trouve sa voie, surtout du travail et aussi du recul pour mieux comprendre ce qu'il a vécu avec nous. Bien sûr, cette évolution de nos rapports ne nous satisfait pas, je le considére aussi comme un échec dans la communication avec lui de notre part. Mais nous nous sommes retrouvés au bout de nos capacités et une séparation, du moins temporaire s'est avérée inévitable.

Le contact et les ateliers avec le second groupe des élèves se sont aussi très bien passés, sur le même mode qu'avec le groupe précédent. Un très beau rendu devant tous les parents, la télé, les journalistes. Somme toute, ces ateliers artistiques peuvent se résumer comme une expérience banale, comme il y en a beaucoup avec des intervenants du monde du spectacle dans le milieu scolaire. Sauf que là, au lieu d'un ou deux intervenants, il y en a eu quarante, pas de barrières de génération, puisqu'ils étaient pratiquement tous du même âge que leurs élèves, pas de barrière de langue, puisqu'ils s'en fichaient tous épérdument… étant tous complétements passionnés et investis dans leur projet, tous sur la même longueur d'onde, dans le partage et l'échange…

Nous avons réussi encore à faire un passage exprès sur un terrain des Gens du voyage. Spectacle improvisé dans un local improvisé. Il y avait des Manouches et des Gitans. Comme d'habitude, déconcertés au début, séduits et conquis par la suite. Dommage qu'il n'y avait pas plus de temps, il fallait repartir tout de suite pour une répète informelle avec les choeurs de la Tête à l'Est au gîte. Belle découverte, beau échange. Et de la bonne qualité, ce qui n'est pas forcément courant dans les formations d'amateurs qui se consacrent au répértoire des pays de l'Est. Il était évident que le plaisir tout simple de faire de la bonne musique primait, mais que l'intérprétation était aussi soutenue par une bonne maîtrise technique, ce qui donnait au résultat un très bon produit artistique dans tous les sens du terme.  Pour nous c'était l'occasion d'un échange véritable autour de la musique. La soirée finale avec le spectacle de soutien était vraiment en apothéose, avec la participation des Kidu, des Têtes à l'Est, de Nounours avec la soirée disco… bref, tout a été au mieux. La salle pleine à craquer, un public en délire qui dansait et chantait nos chansons, comme si c'étaient des tubes planétaires. Sacrée soirée. Sacré exploit de tous les organisteurs… Chapeau à la MJC, dicrète et efficace.

Il va sans dire que ce rythme laissait des traces sur notre état physique, l'endurance a ses limites… Johann a prévu une séance d'enregistrement pour le dimanche qui suivait le concert final. Je me doutais bien que nous ne serons plus en état de produire quoi que ce soit, mais c'était programmé, et l'occasion était là, Vincent et son matériel d'enregistrement était à notre disposition, alors on s'est présenté le soir pour tenter avec un ultime sursaut d'énergie d'enregistrer quelques titres. Mais les batteries étaient vraiment à plat. Du moins en ce qui me concerne. En d'autres circonstances cela aurait été une occasion formidable d'enregistrer carrément un CD, mais en l'état des troupes et de moi-même, cela n'a pas donné grand-chose.  J'en étais désolé pour Johann qui a organisé tout ça avec les meilleures intentions, mais je n'avais vraiment plus de forces… léssivé.

 

Ouest-France / Bretagne / Rennes / Archives du mercredi 27-03-2013

Kesaj Tchave passe la semaine à Rennes - Rennes

mercredi 27 mars 2013


 

Cette semaine, Kesaj Tchavé, groupe de musique et de danse rom de Slovaquie fait étape à la MJC Bréquigny. Mardi, le groupe a invité des élèves de l'école Torigné à les rejoindre sur scène. Ivan, fondateur du groupe souligne : « On est arrivé et on a rencontré des petits êtres qui ont parfaitement travaillé. » Merveille-Christelle, 10 ans, est enchantée : « C'est un honneur de rencontrer Kesaj Tchavé et de participer au concert. » Mercredi après-midi, Kesaj Tchavé fait le show. Le dernier concert aura lieu samedi.

Cette tournée a un objectif supplémentaire : « Cela fait 10 ans que l'on fait monter sur scène les enfants de la rue et aujourd'hui, on veut leur permettre d'aller à l'école. On a créé un lycée tzigane à Kezmarok où les enfants pourront étudier dans la langue Romani, qu'ils puissent évoluer sans se renier. Les gains des concerts nous permettent de financer le lycée. » indique Ivan.

MJC Bréquigny, 15 av. Graff, tél. 02 99 86 95 95.

 

L'association Yepce soutient Kesaj Tchavé - Rennes

vendredi 05 avril 2013


 

Kesaj Tchavé ont fait chanter et danser les Rennais !

Le groupe de musiciens et danseurs tziganes Kesaj Tchavé a clôturé, ce week-end, le festival La tête à l'Est. L'intégralité de la recette du concert qui se déroulait à la MJC Bréquigny, a été remise au groupe afin qu'il poursuive ses projets auprès des enfants tziganes de la région de Kezmarok, d'où vient la troupe. En particulier, le développement du lycée tzigane, qu'ils ont créé grâce aux revenus des tournées.

Ce projet a été possible grâce à l'association rennaise Yepce, fondée en 2004 pour promouvoir des artistes européens.

Yohann, le fondateur, indique : « Très vite, on s'est focalisé sur Kesaj Tchavé. Nous créons les outils de communication et de promotion du groupe. On coordonne les projets en lien avec Kesaj Tchavé qui ont lieu en Fance. » Kesaj Tchavé vient de quitter Rennes pour poursuivre sa tournée dans le sud de la France.

http://kesaj.blogspot.fr/