Tournée d’hiver

29 novembre – 12 décembre 2009

 

Montreuil -  Grand Bal Tsigane, Clôture du Festival Migrant’Scène de la Cimade

Théâtre de la Parole Errante, 29 novembre 2009

Montreuil – répétition au châpiteau près des caravanes, 30.11.2009

Montreuil – répétition au gymnase, 1.12.2009

Paris – soirée ches Don Carlos avec Andrea, 1.12.2009

 

Gennevilliers - Journée internationale des droits de l’enfant, CE Snecma, 2.12.2009

Issy les Moulineaux – Spectale à la Halle des Epinettes, 3.12.2009

Montreuil – répétition au gymnase, disco Issaï, 4.12.2009

Paris – Spectacle, Théâtre de la Traversière, 5.12.2009

Paris – Spectacle, Théâtre de la Traversière, 6.12.2009

Clamart – 3 spectacles scolaires, Espace du Pavé Blanc, 7.12.2009

Clamart – spectacle scolaire, Salle des Fêtes Hunebelle, 8.12.2009

Gennevilliers – Spectacle scolaire, Tamanoir, 9.12.2009

Montreuil – répétition, caravanes, 9.12.2009

Saint Mard – spectacle scolaire, salle des Fêtes, 10.12.2009

Saint Denis – Disco au châpiteau avec Parada et Montreuil, 10.12.2009

Paris – présentation Ecole Oliviers de Serres, 11.12.2009

Paris – „Noël Tsigane – Noël d’Espoir“, Manifestation, Parvis des Droits de l’Homme, Trocadero, 11.12.2009

www.kesaj.eu/fr/projekt/kesaj/manifestacie/zivot-bez-zobracky/

Gennevilliers – spectacle au Tamanoir, 11.12.2009

 

Tomblaine – Droits de l’Enfant, Mairie, 12.12.2009

Tomblaine – Arbre de Noël, salle Jean Jaurés, 12.12.2009

Tomblaine – enregistrement Hugo CD, salle Jean Jaurés, 12.12.2009

 

Première répétition après le retour de la grande tournée. Première répétition sérieuse. Comme avant, avec un maximum de participants, avec des anciens, des petits, et, comme toujours, quelques nouveaux venus, dont la participation n’est due qu’au hasard qui a fait qu’ils se sont trouvé ce jour là prés de la voiture, au moment de l’embarcation pour la répète et qu’ils ont voulu venir, eux aussi, comme tout le monde. Il fait froid aujourd’hui. Ce sont les premiers jours de neige dans la montagne, donc chez nous, au  pied des Tatras, c’est la pluie et la neige. Heureusement, la tornade qui s’abat sur les crêtes diminue en descendant, mais des bourrasques de vent font quand même un peu tanguer la voiture, par moments j’ai l’impression qu’un pneu est mal gonflé ou crevé, tant la pression du vent est intense. Le couloir est de nouveau rempli. Visiblement tous sont très heureux de se retrouver de nouveau là. Il y a Matej, Kubo, Janka, Manuela, Stanko et les autres.  Tous sont là, sauf Katka qui est malade et Perla qui a cours l’après midi. Nous l’avons quand même attendue à  la sortie de l’école, mais elle devait avoir une journée longue, alors nous sommes partis pour Kežmarok. On a la pêche. Il y a quelques nouveaux qui viennent de l’école d’Helena. Ils sont assez âgés, mais ce n’est pas grave, ils ont l’air plutôt sympa. Malgré tout l’allant, la répète ressemble quand même un peu au temps qu’il fait dehors. Neige et pluie. Le soleil qui jaillissait des grands sourires des petits tout au long de l’été est remplacé par une espèce de mélancolie sérieuse, une application soutenue, une volonté de bien faire évidente, mais sans cette extravagance touchante et contagieuse que nous leurs connaissons tous et qui semblait être leur seconde nature. On ne sait pas quoi, mais on dirait que quelque chose s’est passé. Bon, pour l’instant, l’essentiel, c’est le tempo. Heureusement, de ce côté-là, ça va plutôt bien. Duško est plutôt en forme, et moi, même avec juste le minimum d’entretient journalier au quel je me suis astreint à ma balalaïka, nous arrivons à tenir les rythmes d’enfer, soutenus par Snurki  au vocal et aux perçus avec  les quelques grelots qui subsistent des tambourines. On envoie une bonne dynamique, tout le monde y va de son mieux. Mais les sourires émerveillés, hélas, font défaut. C’est pas qu’ils n’y en a pas. Il y en a, mais ils sont plus timides, hésitants, timorés. C’est vrai que des événements graves se sont produits depuis que nous nous sommes séparés à Haguenau, il y a presqu’un mois et demi de cela. Il ya eu quelques histoires en rentrant. Comme d’habitude, c’était des questions d’argent. Certains étaient déçus qu’il n’y ait pas eu de retombées financières au retour de la tournée, c’est monté au vinaigre, ça a pris un peu d’envergure, mais c’est aussi vite retombé, les parents ayant d’autre soucis que de s’occuper de leurs gamins, et ceux-ci n’en faisant qu’à leur tête, les choses sont assez rapidement rentrées dans leur ordre habituel. Alors qu’est ce qui fait qu’il y a cet air sérieux, inhabituel chez les petits du groupe. Bien sûr, ils sont aussi amaigris, un peu hagards, loin de ces images opulentes que nous leur connaissions pratiquement deux mois durant qui ont constitués cette tournée marathon que nous venons de vivre. Les événements majeurs, ce sont des méga bagarres  à répétition qui ont éclatées   ces derniers temps dans les colonies. Cela a commencé pendant notre absence. Le scénario était presque toujours le même. Une simple dispute familiale, un désaccord au sein d’un couple, un des protagonistes appelle la police, et lorsqu’une patrouille arrive,  elle doit battre en retraite, prise violement à partie par celui là même qui l’a appelé,  et avec  le renfort de plus d’une centaine de personnes, l’hystérie collective faisant son effet, cela dégénère pratiquement instantanément au pugilat collectif incontrôlé. Donc, s’en suit une bataille en bonne et due forme, donnant lieu à un règlement de compte au sein même du bidonville, faisant intervenir  des centaines  de personnes armés de pioches, bâtons et haches, laissant au sol  des blessés graves, avec des bras , jambes, crânes cassés, qui finissent aux urgences, et parfois au cimetière.  Les policiers n’ont pas étés épargnés, et ils s’en tirent avec quelques coups et des voitures sérieusement endommagées avant de dégager le terrain en fuyant tout simplement. Ce n’est que le lendemain, au petit matin que la police revient, en force, appuyée par des commandos d’intervention spéciaux, pour faire une descente au camp. On arrête une vingtaine de personnes, hommes et femmes, et pendant quelques jours c’est le couvre-feu, les policiers occupent le terrain, personne ne sort, même pas pour aller aux toilettes. Les enfants pleurent. Cela ne peut pas durer une éternité, la police ne peut pas rester indéfiniment, au bout de quelque temps les choses reprennent leur cours habituel, mais, visiblement, tout cela laisse une empreinte sur ceux qui sont les plus vulnérables, les tout petits. Du moins ceux qui ont fait le voyage d’été avec nous. De nouveau se pose l’éternelle question : il y a-t-il un sens à ce que l’on leur fasse voir autre chose, pour qu’ils découvrent et comprennent au retour  le désespoir de leur situation quotidienne à leurs propres dépens ? En principe, oui, c’est pour leur ouvrir les yeux sur un autre monde, différent du leur, qu’ils ne connaissent pas, que nous leur faisons  vivre ces moments formidables sur les scènes que nous parcourons à travers l’Europe, accompagnés de moments de vie banals, qui pour eux sont justement tout à fait exceptionnels - enfin des toilettes, douches, de l’eau, de l’électricité, tous les jours de quoi manger. Et surtout – pas de bagarres, pas de violence, beaucoup de sourires, de la tolérance, de la gentillesse. Tout le problème est qu’un jour cela s’arrête, il faut bien rentrer et tout reprend comme avant. Mais avec ce doux apprentissage d’un monde différent, douloureusement on redécouvre le sien dans toute sa nudité, dans toute sa cruauté. Il est évident que notre démarche ne vise pas à extraire physiquement, enlever, les gosses de leur milieu naturel. Tout compte fait, tout n’est pas si noir pour eux que cela en a l’air. Mais, leurs ayant entrouvert un peu les yeux, nous nous devons de les accompagner, ne pas les laisser seuls sur le chemin. Leur constituer justement un rempart où ils peuvent se ressourcer, reprendre des forces pour affronter la dure réalité et ne pas sombrer dans la fatalité et la résignation. Hélas, au retour de la tournée, pour des raisons personnelles je n’ai pas pu revenir de suite en Slovaquie, et durant un mois les touts petits n’ont pas eu accès aux répétitions, car une polémique sur le financement de la tournée est survenue chez les parents, qui a fait que ceux-ci ne voulaient plus laisser leurs enfants venir avec nous, considérant qu’ils n’ont pas étés payés pour le travail qu’ils ont accompli en se produisant en spectacles durant l’été. C’est une réaction habituelle, mais comme je n’étais pas là, je ne pouvais pas intervenir de suite, et les choses se sont un peu plus envenimées que d’habitude et au final, les mômes ont étés laissés livrés à eux-mêmes pendant tout ce temps. Le peu que je suis revenu, ne suffisait pas à gérer ce problème. D’abord parce que j’étais moi-même émotionnellement trop impliqué – se faire traiter de voleur au retour de ce qui équivaut pour moi à une ascension de l’Everest par la dépense d’énergie et investissement démesuré à tous niveaux pour mettre sur pieds et réaliser ce séjour, est de trop pour que je reste insensible et distant comme il le faudrait. J’étais tout simplement en pétard, trahi par ceux avec les quels je me sentais le plus en phase – Dusan et sa famille. Je ne le répéterais jamais assez - ce genre de situation est pratiquement banal. Au retour de toutes les tournées nous devons faire face à ce genre de problèmes, nous les avons maintes fois analysés, en avons tirés des conclusions logiques, comprenant justement la logique de la survie au jour le jour des parents qui les amène à cet état de fait qui fait qu’ils ne sont pas en mesure de comprendre que l’on peut s’investir sans forcément tirer un profit financier aux dépens des autres., etc. Mais, l’âge et l’usure venant, des fois nous avons du mal à encaisser les coups sans sourciller, alors on réagit aussi impulsivement, comme lors de cette scène « d’adieux » avant de monter dans le car à Haguenau pour repartir en Slovaquie à la fin de la tournée d’été. Mais là, il y a aussi autre chose. A mon bref retour, je ne savais pas exactement comment et pourquoi, mais je sentais une tension énorme au bidonville. Pas forcément en direction de nous, mais quelque chose traînait en l’air, qui faisait que cela ne me disait rien d’aller au devant des situations que je ne me sentais pas en mesure de maîtriser. A Lomnica, comme pratiquement partout ailleurs, dans tous les bidonvilles, il y a toujours des tensions. A chaque fois que je viens, tous les jours, ce n’est jamais du tout repos, ce n’est jamais acquis d’avance. Malgré le fait que l’on a toute une partie du bidonville qui est, ou du moins le semble, nous être totalement acquise, on sent de la part de certains autres une défiance, pour ne pas dire haine, qui bien que pas prononcée, n’en est pas moins palpable pour cela, et je reste toujours sur mes gardes. Cela peut paraître démesuré, surtout lors des venues des visiteurs étrangers sur ces lieux, quand mes recommandations prennent l’air d’instructions de conduite en milieu de guerre, et paraissent certainement exagérées vue d’extérieur, mais  c’est comme ça que je le ressens, malgré mes dizaines d’années de pratique sur place, ou justement, à cause de cela… Et les événements qui se sont reproduits me donnent, hélas,  entièrement raison. Les « hyper » bagarres qui se sont produites ces derniers temps ont toutes eues lieus pour des broutilles. N’importe quoi était bon pour déclencher des conflits incontrôlables au sein de la communauté, et personne n’y est allé de main morte – les résultats sont probants – hôpitaux, prisons, cimetières. Maintenant, apparemment les choses se sont calmées. Avec les parents, les tensions se sont apaisées, ils ont eus d’autres soucis, et pas des moindres, qui font que tout a l’air de repartir comme avant. Tous les enfants et les jeunes sont là, se pressent pour monter dans la voiture, demandent quand est-ce que l’on va partir en France, comptent qui a un passeport et à qui il faudrait en faire encore, demandent des esquimaux…  Mais pour que les sourires reviennent comme avant, il faudra encore un peu de temps. Et du travail. Tout simplement.

Ces lignes sont écrites aussi en guise de remerciement pour vous tous, qui intervenez à différents niveaux pour que nos « fameuses » tournées puissent se faire. Et pas qu’elles. Ces allez-retours en spectacles à l’échelle internationale sont en rapport  direct avec  tout ce que nous faisons au pays, au quotidien. Cette question, maintes fois posée : quelle incidence a tout ce que l’on fait pour ces gamins sur leur vie après ? Ce n’est pas évident d’y répondre d’une manière sans équivoque…  Honnêtement, je crois que la seule valeur vraiment sûre, ce sont justement ces sourires, tellement contagieux, et pas moins éphémères pour cela, qui nous restent en fin de compte pour nous entraîner dans cette aventure de l’absurde où les valeurs essentielles sont ces moments volatiles de bonheur que nous lisons dans leurs yeux, et qui, à notre tour nous remplissent de satisfaction. Est-ce que cela en vaut la peine ? Ce n’est pas avec cela que nous allons changer le monde. Ni le nôtre, ni le leur. Nous n’allons le pas changer dans le futur, mais nous le changeons dans le présent, ne serait-ce que le temps de ces tournées   éphémères, de ces sourires généreux que beaucoup vont garder dans leurs cœurs. Alors, bien sûr, tant que l’on peut, on fait repartir la machine. Même par le froid et la neige, dans le couloir glacial de Margita, avec tout ce monde à raccompagner au bidonville. Avec toujours la même ardoise sur la dernière tournée, repartir à la prochaine, contre les vents et les marées…