Feryp´Fest

 
Skopje. Macédoine. Les Balkans, avec tout l'attrait de l'inconnu,  chers à nos âmes d'explorateurs de  d'exotisme balkanique. Je ne me souviens plus comment je suis tombé sur cette information, mais toujours est-il, que dès que j'ai su qu'un festival se prépare à Skopje, j'ai tout de suite contacté les organisteurs, et j'ai tout fait pour y aller. Ce n'était pas un festival dans le vrai sens du terme, c'était une conférence, un colloque, avec une composante culturelle pour amener plus de visibilité à la manifestation. Finalement, il n'était pas trop difficile de se mettre d'accord avec les organisateurs, manifestement, ils n'avaient pas trop d'adeptes pour leur petite sauterie et étaient plutôt contents qu'on vienne élargir les rangs de militants pour la cause rom, pardon, rrom, internationale. Il était évident que nous ne pourrions pas venir avec tout le groupe, alors on a fait une petite séléction d'anciens, capables de tenir dans un minibus, et c'était parti pour les Balkans!
Bien sûr, les Balkans, et tout ce qui est à l'Est, est pour nous attrayant, vu que l'Ouest de l'Europe est pour nous déjà famillier, c'est avec un petit pinsement au coeur, propre aux vrais aventuriers que nous nous engageons sur la route à travers la Hongrie, Serbie et Croatie, pour atteindre la Macédonie, en plein soleil de midi balkanique, donc tapant comme il se doit dans ces contrées qui pour nous ont déjà des allures de Sahara et Abou Dabi réunis.
On a vite compris de quoi qu'il était question ici. Du militant intello. On ne veut pas être péjoratif, mais on a du mal à rester impartial, ça parle, ça parle, des problèmes universels, il y a toujours quelques représentants des minorités au sein de la minorité. Par ex;, l'incontournable défenseur et représentant d'orientations sexuelles non conformes. C'est un débat de fond, on ne peut pas laisser ça comme ça, c'est un enjeu majeur. Tout le monde comprend, tout le monde compatit, ça ne peut pas continuer comme ca, il faut faire quelque chose... (dans chaque bidonville ce fait fait partie du quotidien et tout le monde se débrouille très bien avec). Mais là, c'est un enjeu majeur, il faut être comme tout le monde...
L'autre volet, ce sont les médias, il faut absolument que les roms soyent à même de se présenter eux-mêmes dans les médias, tout rom doit avoir un brevet de journaliste en poche et diffuser la bonne parole...
Etc.
Le tout dans un bon petit hôtel cinq étoiles, ça facilite la réfléxion et améliore la digestion, ben voyons...
On a fait un événement de visibilité et de communication en ville, en distribuant des tracts comme quoi les Roms, c'est l'Europe. Il y avait trois pelés et deux tondus... à n'importe quel de nos spectcles on a dix fois plus de monde.
Je sais, je suis aigri, frustré, peut-être complexé et je ne sais encore quoi... mais comme on dit, j'en ai lourd sur la patate.
En gros, on a passé une petite semaine à disserter comment que l'on pourrait le mieux sauver les roms de cette misère éternelle, de la ségrégation, de l'exclusion, de tous les maux de la terre... Arrive le dernier jour, on fait de l'administratif, les organisateurs donnent à tous les participants les défraiement de séjour, pour qu'ils aient de quoi rentrer chez eux. Il y a de quoi faire, parmi la vingtaine de militants, il y a pratiquement tous les pays de l'Europe, les compagnies d'aviations vont être sollicitées...
Arrive notre tour. Et c'est là que ça se gâte. Pour des raisons non définies et non avouées, on ne veut pas nous octroyer  la même somme qui est allouée à chaque participant, les organisateurs veulent faire un prix de gros, comme au bazar, ce qui nous aménerait à rentrer à partir de Budapest à pied, car avec cette somme nous n'aurions pas de quoi payer notre minibus jusqu'à la maison. On parle, on parlemente, ça gueule, Helena a retrouvé toute sa virulence en tsigane, pour expliquer à la directrice, une rom, ce qu'elle pense de cette arnaque.
Bien sûr, tout se sait. Tout le monde est au courrant de nos différents, que nous ne nous privons pas de faire savoir à tous, qu'ils partagent notre désespoir. 
La situation était cocasse. Pendant toute la semaine tout ce beau monde, dans les murs du cinq étoiles, a compatit, s'est battu, pour trouver une solution comment sauver les pauvre enfants rom des bidonvilles. En fin de semaine, sept enfant des bidonvilles, roms, pauvres (notre situation était parfaitement connue de tous, on en a discerté), n'ont pas comment rentrer chez eux... Personne n'a moufté, ni bougé le petit doigt. J'ai du appeler ma mère pour qu'elle m'envoie de quoi rentrer.