Le bahut

 
 
Le lycée privé rom de Košice a été fondé à peu près  en même temps que Kesaj Tchave à Kežmarok. Durant tout le temps de son existence, il a produit plus de 80 bacheliers, dont de nombreux ont poursuivi en fac, universités, ont  passé leur doctorat...
 
Ces incontestables succès nous ont poussé, à ouvrir, nous aussi, une filiale à Kežmarok. C´était un prolongement naturel de tout ce que nous avons fait jusqu´à lors. L´évolution dans la continuité... 
 

L´iniciative vient de Anna Koptova, qui est une figure de la mouvence rom en Slovaquie. En son temps, elle a été une des premières Rom au parlement slovaque, elle a fondé le premier journal rom, Romano lil, le théâtre professionnel Romathan, etc. Actuellement, elle se consacre a la pédagogie, elle a écrit deux dictionnaires rom - slovaque et au cours de la dernière décennie, elle activement participé a la structuration et codification de la langue romani en Slovaquie, afin que celle-ci puisse intégrer le système scolaire slovaque. Ceci a été réalisé et mis en pratique avec l´ouverture du lycée rom de Košice, il y a une dizaine d´années, et nous avons ouvert en 2011 une filiale a Kežmarok, avec au départ une classe, l´année suivante deux classes supplémentaires, et nous comptons augmenter les effectifs l´année prochaine. Notre collège est privé, mais fonctionne sur un financement en provenance de l´état. La langue romani est enseigné comme langue étrangère, et la langue, culture et civilisation rom peut être choisie comme matière d´examen au baccalauréat. Nous sommes persuadés que vu la forte proportion de locuteurs de langue romani sur le terrain, il sera indispensable de passer dans le futur a un enseignement complet en romani. Pour l´instant les populaions rom concentrées dans les colonies de l´Est slovaque jouissent d´un enseignement égalitaire, au même titre que le reste de la population, et il serait inutile et injuste de s´acharner sur des enseignants qui donnent souvent le meilleur d´eux-mêmes dans des conditions pas faciles. Mais au constat de l´échec scolaire endémique il est évident que c´est le système qui est a reconsidérer. Une éducation fondée sur l´assimilation  n´a jamais fonctionné, et il faudra bien trouver des alternatives viables a un système, qui bien que bienveillant et se voulant égalitaire, relève plus d´une approche coloniale que d´en enseignement ouvert et approprié aux populations concernés. Il faut se rendre a l´évidence, que dans l´Est slovaque, du fait de la démographie et de la composition ethnique, nous avons affaire a ce que l´on peut appeler des "territoires roms", avec une minorité qui est en train de devenir une majorité. Et que l´on veuille ou non l´admettre, des approches et solutions différentes et novatrices sont indispensables dans l´avenir. Tout le monde s´évertue a souligner l´importance de l´éducation. Mais cette éducation doit absolument prendre en compte les composantes culturelles, sociales, linguistiques, afin de participer avant tout a la construction d´une identité rom, en phase avec la réalité du terrain...

La filiale de Kezmarok est dirigée par Helena Akimova, soeur de Anna Koptova. Il y a  encore 4 enseignants, dont un Rom. Les élèves proviennent tous des colonies bidonvilles environnants. La mixité, tant souhaité par le politiquement correct a la mode actuellement, et de fait impossible. Les colonies sont ethniquement absolument pures, il n´y a pas un seul Slovaque a vivre au sein des populations roms dans les colonies (env. 200 000 personnes). Mais de ce fait les institutions internationales ayant pour vocation de soutenir l´éducation des Roms, nous refusent leur soutien, nous accusant de faire de la ségrégation, puisque nous nous occupons que des Roms. Mais comment faire, s´il n´y a rien d´autre ici? 

Les conditions matérielles du collège sont plus que précaires. Les locaux qui nous ont été promis initialement, ont été refusés deux jours avant la rentrée scolaire, et faute de mieux, nous avons loués un ancien café pour le reconvertir en salle de classe... Nous avons été, hélas, la cible de toute une série de dénonciations anonymes, allant jusqu´au Ministre de l´éducation, qui nous vaut maintenant des contrôles académiques a répétitions, mais qui ont au moins le mérite de pointer la disproportion entre le système éducatif, se souciant a juste titre de ses prérogatives et directives variées et diverses.. et la réalité d´une population qui dans une logique de survie est a mille lieux de pouvoir jouir des acquis démocratiques que la société bienveillante voudrait lui prodiguer. Bref, les bonnes intention de la majorité, louables et méritantes, manquent indéniablement leur objectif, car elles sont totalement inadaptés aux besoins réels des populations sur le terrain. 

Bien entendu, des initiatives "miniatures" comme la nôtre, ne peuvent rien changer en fait, mais il est évident que l´assimilation de ces populations n´est plus possible, tout simplement du fait que dans de nombreux endroits, les rapports entre minorité et majorité sont en train d´etre inversés, et il est indispensable de donner a la nouvelle majorité rom des outils pour assumer sa propre autodétermination, même si a terme des question politiques fondamentales doivent être soulevées...

 

Le lycée privée rom de Košice, existe déjà depuis 10 ans. Depuis ce temps il a produit plus de 80 bacheliers, issus en majorité du tristement célèbre ghetto urbain de Košice, Lunik IX, qui concentre une population de prés de 5000 Roms, vivants dans les conditions propres aux favelas de Rio ou bidonvilles du subcontinent indien. Les 80 bacheliers poursuivent pour la plupart leurs études supérieures en facs et universités et nombre d´entre eux ont intégré avec succès le monde du travail. 80 étudiants roms en dix ans, c´est plus que ce que a produit toute la République Slovaque depuis sa création comme universitaires issus de la communauté rom. Ce chiffre parle de lui-même quand au bien fondé de l´existence du lycée.

En 2011 a été constituée une filiale du lycée à Kežmarok, pour répondre aux besoins de la population rom de la région, très nombreuse dans cet département, et majoritaire dans nombre de villages et municipalités.

Le lycée est principalement orienté sur les élèves issus des nombreuses colonies-bidonvilles tsiganes des alentours. Il offre à ses élèves la possibilité de poursuivre des études de second degré, avec la langue, culture et civilisation romani comme matière du baccalauréat. Le lycée donne naturellement l´ouverture sur la poursuite des études supérieures dans n´importe quelle université en Slovaquie ou à l´étranger. Du point de vue des nécessités actuelles, il est à souligner que dans la région de Kežmarok, nous avons plusieurs municipalités conduites par des maires roms et conseils municipaux constitués par des élus roms. Les compétences professionnelles de ces élus, responsables de la gestion de leurs communes, ne satisfassent pas toujours les critères requis pour l´exercie dans la fonction publique. Donc chaque bachelier issu de ces communautés est une valeur ajouté pour tous, et sert d´exemple à tous. Les études au lycée sont source d´un profit non seulement au niveau individuel, pour tous ses étudiants, mais apportent des bénéfices directs et indirects à toute la société slovaque.

Le lycée est conduit par des universitaires roms, et est en lien étroit avec les populations des territoires roms environnants. Parallèlement au cursus scolaire classique, il offre la possibilité à ses élèves de se réaliser dans les pratiques artistiques liées à la culture et aux valeurs tsiganes, représentés par le groupe Kesaj Tchave. Avec cette formation, il a établi des contacts constructifs avec les communautés tsiganes dans d´autres pays, notamment avec les Roms migrants des Balkans, qui participent à ses activités, et dont plusieurs membres ont participé à des stages d´initiations pédagogiques en France et en Slovaquie.

Des projets artistiques et pédagogiques ont été menés aussi avec des partenaires du monde éducatif, des écoles élémentaires et lycées français. Le succès de ces entreprises pousse à la poursuite de ce genre de démarches.

Le volet le plus important est le travail avec la base - les enfants et les jeunes des camps et bidonvilles à travers l´Europe. Ces jeunes, ayant pour la plupart l´expérience de l´immigratrion, du multiculturel, parlant plusieurs langues, vivant au contact de diverses cultures, aguerris à trouver des solutions aux difficultés de l´existence,  ont un potentiel d´ouverture naturel au monde, qu´il serait pertinent de développer et d´orienter dans une direction constructive et enrichissante pour tout le monde.

Les Roms, la plus grande minorité d´Europe (11 - 12 millions) ne peuvent passer du statut de "l´éternel problème" au statut du citoyen ordinaire, que par eux-mêmes. Par leur volonté. Nos bonnes volontés ne suffisent pas, s´il n´y a pas de souhait dans ce sens de leur part. Nous pouvons leurs donner des outils sur le chemin de leur autodétermination. Une éducation adéquate est la meilleure arme qui soit contre tous les malheurs et toute la misère du monde, qui nous fait si peur...

Notre connaissance et expérience du terrain nous prouve par des cas concrets que des réussites du parcours de la vie tsigane peuvent se conjuguer aussi avec le parcours scolaire, et même universitaire. Même en sortant de la rue, du camp, du bidonville. Et ces cas concrets, peuvent ensuite apporter des réponses aux questions aux quelles nous n´avons pas de réponses, si ce n´est celles, constitués par l´existence même de ces fameux "cas concrets"... Heureusement qu´ils existent. Ils sont là, nous les avons renontrés. Mieux, nous les avons aidés. Tant mieux. Nous nous sommes aidés.  

 

L´Ecole

Au pays, entre deux sorties, nous en profitons pour mettre en place des ateliers dans un orphelinat de la région, tout en poursuivant nos répétitions à Kežmarok. Mais l´événement majeur de la rentrée, c´était quand même l´ouverture de cette fameuse classe de collège tsigane à Kežmarok. Depuis 8 ans il existe à Košice un lycée privé rom, crée par Hanka, la sœur d´Helena. L´établissement offre aux enfants issus de conditions modestes, voire précaires, la possibilité de poursuivre un cursus scolaire les amenant jusqu‘au baccalauréat, dont la langue, culture et civilisation rom font partie des matières enseignées et admises aux examens d´état. Il a fallu se battre pour cela, structurer et codifier la langue romani parlée en Slovaquie, écrire les livres scolaires, convaincre les autorités, trouver des élèves, convaincre leurs parents... Ce combat était à la hauteur d´une personnalité telle que Hanka, qui après avoir œuvré au Parlement, postulé aux présidentielles, etc., a mis sa détermination et son intelligence au service de cette noble cause (sans renchérir..). Donc à Košice le lycée fonctionne depuis 8 ans, il a produit déjà les premiers bacheliers tsiganes qui poursuivent leurs études en diverses facs et universités, et il était évident qu´une région telle que celle de Kežmarok, avec une concentration tsigane hors normes, avait un besoin vital d´une structure scolaire offrant à la masse des jeunes Roms des alentours autre chose qu´au mieux un CAP conduisant directement à l´ANPE. L´idée nous travaillait depuis pas mal de temps, et le fait que Helena a du quitter le centre d´apprentissage de l´artisanat traditionnel rom, pour cause de désaccords profonds avec la direction, a accéléré les choses. Après un premier sondage auprès de la population nous avons constaté que même dans les bidonvilles il y a malgré tout des élèves doués, qui obtiennent une bonne moyenne, même s´ils n´ont absolument pas les conditions favorables aux études. On peut faire le constat que pratiquement la totalité des enfants des colonies sont concentrés dans des écoles ou classes ethniquement „pures“, sans aucune mixité, et que l´enseignement qui y est divulgué est juste palliatif. Les enseignants qui la plupart de temps ne manquent pas de bonne volonté, doivent avant tout faire face à un état de fait qui dépasse largement le contexte scolaire (exclusion, ségrégation, misère, décalage culturel et social, etc..), et dans la pratique ils font le maximum pour préserver un cadre scolaire, là ou les manques sont colossaux à tous points de vue. Donc ce n´est qu´une scolarité maintenue à coups de lois et mesures répressives (la prison pour les parents en cas d´absences scolaires prolongées des enfants), et aussi grâce à l´intéressement financier direct des parents (prime à l´assiduité scolaire), et où, il faut bien le constater, la forme l´emporte sur le contenu. L´échec scolaire chronique qui touche la majeure partie des élèves roms est avant tout l´échec d´un système scolaire qui ne donne pas aux enseignants les moyens d´un travail de fond, mais les relègue dans une position de gardiens comptables embarqués dans un système de gardiennage et comptabilité souvent loin du dessein pédagogique initial... Les enseignants fournissent souvent un travail remarquable sur le terrain, mais sont eux-mêmes prisonniers d´un système qui fonctionne plus pour lui-même que pour ceux qu´ils devrait servir. Banalité, mais prenant toute la masure en relation avec une population qui est déjà elle-même en pleine démesure à tous niveaux. Toujours la même chose. On fait avec les Roms, sans les Roms, tout en niant qu´ils sont Roms... Mais c´est un autre débat. Pour l´éducation, il suffit de voir le pourcentage de ceux qui atteignent le bac, vont à la fac. Pas loin du néant. Donc, ayant trouvé les perles rares (pas si rares que cela, en fait), ayant convaincu les parents qu´ils ne seraient pas perdants financièrement, la prime à l´assiduité étant remplacée par des bourses d´études, il ne restait plus qu´ à trouver les locaux pour accueillir les 2 ou 3 classes que nous voulions ouvrir. On a fait le tour des écoles, fort nombreuses, qui pourraient nous louer deux ou trois salles. Sans résultat. Nous avons visité les anciennes casernes, immenses, vides, à l´abandon. Rien à faire, non plus. Elles sont vouées à d´autres desseins, nécessitant de gros investissements, donc des intérêts particuliers qui passent par la politique pour finir par des privatisations de bon aloi, comme on a en a vu passer des milliers et des milliers depuis la transformation... Une école d´agriculture en mal d´élèves et en surplus de place finit par nous promettre 3 classes vides qui ne lui servent à rien. Vient le travail administratif. Les inscriptions. Pour cela il faut l´accord des anciens établissements des élèves, dont les directeurs sont plutôt réticents à voir leurs élèves s´en aller, car ce sont en même temps des côtes-part financières allouées par chaque enfant par le gouvernement qu´ils perdent. C´est l´argument mercantile qui prévaut. Comme chez les parents, par les quels nous sommes offusqués en constatant qu´ils sont uniquement intéressé par l´aspect financier que représente la scolarité de leurs enfants pour eux, sans se soucier apparemment de l´avenir de leur progéniture... Et nous retrouvons ce même raisonnement chez les directeurs respectables, qui finalement se retrouvent dans la même situation que ces parents, celle d´une survie précaire, à la merci d´un système qui ne leur laisse pas d´autres choix s´ils veulent survivre... Il ne faut pas alors s´étonner que ce soit la quantité qui l´emporte sur la qualité, la forme sur le contenu, et que les écoles regorgent d´élèves roms, qui sont loin, très loin, d´obtenir des résultats brillants, où plutôt l´échec scolaire est la norme, puisque la fonction première de ces élèves est d´entretenir le flux des fonds financiers pour le fonctionnement des écoles. D´ailleurs, on peut constater que celles-ci sont souvent bien loties, refaites à neuf, avec de bons équipements via les fonds européens, mais on n´est pas encore parvenu à transformer ces apports matériels louables en un enseignement avec des réelles retombées positives pour les élèves qui devraient être les premiers bénéficiaires des investissements déployés pour eux.

Deux jours avant la rentrée les locaux promis nous sont refusés. Je passe les détails. La panique. On contacte les politiques, le président du Conseil Général, les inspecteurs de l´Académie, etc. La réponse vaut sont pesant d´or: ils (les élèves roms) n´ont qu´ à aller dans un lycée d´état, il y a assez de place pour tout le monde...  Pourtant, par exemple dans le lycée de Kežmarok, fort bien côté par ailleurs, il n´y a aucun élève rom depuis des décennies... Je suis stupéfait par ce manque d´intérêt flagrant de la part des autorités. Nous avons bien l´habitude que les efforts que nous déployons avec le groupe les laissent indifférents,... mais bon, ce n´est que de l´amusement, du guignol, on fait joue-joue avec les mômes des bidonvilles... Mais qu´un réel projet pédagogique, dans un contexte de catastrophe pédagogique laisse indifférent, cela me révolte. C´est tout simplement la démonstration du fonctionnement ou plutôt du non-fonctionnement d´une société qui fonctionne exactement selon les mêmes principes qu´elles dénonce auprès de ceux qu´elle met constamment au banc – les Roms des colonies, accusés de tous les maux, dont celui de ne pas s´occuper de leur progéniture en premier lieu, de ne voir que le jour présent sans penser au lendemain. Exactement comme le fait le système qui donne la priorité à une satisfaction immédiate de constater que tout est en règle, tout le monde a les mêmes chances, tout le monde peut aller à l´école, au lycée, à la fac... S´ils n´y ne vont pas, c´est de leur faute... Et on ne fait rien pour que cela change. Que faire? Abandonner, ce serait décevoir ces gamins qui sont déjà tout fiers d´avoir choisi la voie des études. Il ne faut pas faire cela. Alors en désespoir de cause  nous louons un ancien café, un tripot, juste à côté de notre couloir des répétitions, et en un weekend nous le transformons en salle de cours. On enlève le bar, les tables du bistrot deviennent des bancs de classe... Et c´est la rentrée! Compte tenu des événements, nous ouvrons qu´une seule classe de 1ére (équivalent de la 6éme en France).  La vingtaine de gosses viennent, avec leurs parents. Nous sommes tout anxieux de voir leurs réactions, nous craignons qu´ils fassent demi-tour, considérant ces locaux comme pas sérieux. Les Roms sont malgré tout ce que l´on croit très conservateurs et attachent énormément d´importance aux apparences. Mais il n´en est rien. Tous restent. Manifestement le cadre presque familial de l´endroit (en plus il s´agit de l´ancienne maison de l´oncle d´Helena) les rassure et les cours peuvent commencer. Avec un peu de recul, 6 mois après, nous constatons que nous avons la chance d´assister à la naissance de quelque chose de merveilleux. Les gamins, qui tous souffraient d´un retard considérable, ont rattrapé le niveau, ils s´appliquent, en veulent. L´école est aussi devenue notre salle des répétitions qui ont lieu tous les après-midi, tout de suite après les cours.  Elle sert aussi de dortoir pour Stano qui s´est retrouvé une fois de plus à la rue. Bref, la petite école d´une classe ne désemplit pas. Tout le monde veut y venir. Même les cancres endurcis  sèchent des cours dans leurs écoles respectives pour pouvoir tout simplement aller ... à l´école! Et pourtant on y bosse dur. Ceux qui connaissent Helena, son sérieux à tout épreuve, son intransigeance inébranlable,  ses colères légendaires, et j´en passe... n´auront pas de mal à l´imaginer en prof redoutable. Le moins que l´on puisse dire, c´est que ça ne rigole pas. Elle ne pardonne rien, ne laisse rien passer. Tout doit être comme dans un collège ordinaire (blanc), il n´est absolument pas question d´un  quelconque enseignement alternatif... C´est du sérieux!  Les  cursus suit strictement les directives du Ministère de l´Education. Mais pendant les récrées, naturellement, tout le monde est comme chez soi, se comporte comme chez soi. Il y a de la musique partout, ça chante, danse, c´est cool, oui, c´est tzigane, comme à la maison, comme au bidonville... Et après les cours, la terrible Helena  passe instantanément  des maths ou de la grammaire slovaque à la chanson ou à la danse tsigane, elle n´a aucun problème pour montrer elle-même comment il faut faire, toujours avec le même sérieux et la même rigueur, sans rigoler, car on ne rigole pas avec la chanson ou la danse tsigane... Alors, il ne faut pas s´étonner que la petite salle ne désemplit pas, les mômes restent scotchés, le matin, l´après-midi, le soir, et même la nuit. Non-stop. Si on pouvait, on pourrait ouvrir 4, 6, autres classes à la prochaine rentrée.  Il va sans dire que tous ceux du groupe voudraient intégrer le collège dès que possible. C´est là que l´on se rend compte des effets néfastes des écoles spéciales (tous ceux qui y sont placés, le sont sur la diagnose de handicap mental et de ce fait ne peuvent pas par la suite bifurquer sur une scolarité „normale“, même s´ils arrivent à obtenir des résultats satisfaisants, car ils sont catalogués comme déficients mentaux à vie...) et aussi des carences du système actuel dans sa globalité. Nos gamins avouent tous qu´ à l´âge de 12 ans pour la première fois on leur a enfin donné autre chose à faire en classe que du dessin assis au dernier banc, qu´ils ont eu aussi pour la première fois des livres et des cahiers à eux et des devoirs à faire à la maison... Ce sont des pratiques, hélas courantes avec les gamins des bidonvilles, même éventuellement compréhensibles dans le contexte – cela ne sert à rien de donner des livres ou des cahiers, pas plus que des devoirs à faire à la maison à des élèves qui vivent dans de telles conditions que les devoirs ne seront jamais faits puisque les parents sont incapables de tout accompagnement scolaire et les bouquins et les cahiers finiraient de toute façon au feu... Mais en généralisant on met tout le monde dans le même sac, et on enlève toute chance à ceux qui sortent du lot. Et il y en a plus que l´on ne croit... L´abandon, l´impuissance des institutions sont flagrants. Comme je le disais, que l´on s´en fiche d´une activité comme la nôtre qui s´apparente à du Guignol, passe encore... mais que l´Etat ne soutienne absolument pas une initiative qui va droit dans le fondamental – l´accès à l´éducation...  ça laisse perplexe.

Fotogaléria: Le bahut 2011

Fotogaléria: brigade 2011

Fotogaléria: brigade Nad traťou 2012

Fotogaléria: Le bahut 2013

Fotogaléria: Le bahut 2014

Fotogaléria: Le bahut 2015