DES NOUVELLES D'ALAIN

 
Avec Alain, on s´est rencontré presque par hasard, aux Etudes Tsiganes. Comme plus d´une fois, Evelyne a fait le lien, et qques jours plus tard le reportage a commencé chez nous, a Kežmarok. On ne savait pas encore que ca donnerait un super bouquin et une super amitié avec les auteurs qui sont devenus depuis nos potes et fans a toute épreuve. Il y a eu le XXI, avec la série des BD, et puis il y a eu la BD, aux Éditions Les Arenes. La consécration! Outre le fait de devenir des collégues de Tintin et Milou, cela nous a fait découvrir le monde de la BD, des illustrateurs, et la BD nous a fait découvrir au monde... Meme des années apres, nous rencontrons des gens qui nous ont découvert grace aux Nouvelles d´Alain, et ca a donné ensuite des suites et développements formidables (Intermedes, Tamerantongue...)
Peu apres, Emmanuel s´est débrouillé pour nous faire participer au Festival de la BD a Blois. Extra-or-di-naire: une scene d´enfer, du mathos de concert de rock, ca a déménagé....! 

   24/02/2011  3719 visiteurs  
 

Entre 1999 et 2010, un photographe-reporter sillonne l’Europe au volant de la vieille Skoda de son père. Armé de ses appareils photo, il a les parias de l’Europe dans sa ligne de mire, mais n’est malheureusement pas le seul à les viser. Pourchassés par les kosovars albanais, montrés du doigt par les néonazis en République Tchèque, entassés dans des bidonvilles aussi illégaux qu’insalubres et stigmatisés par le gouvernement de Nicolas Sarkozy, voilà le quotidien des Roms… l’histoire de l’Europe d’aujourd’hui. Alain Keler témoigne !

Initialement publié, de l’automne 2009 à l’été 2010, sous forme de feuilleton dans les pages de l’excellente revue trimestrielle XXI, Des Nouvelles d’Alain paraît maintenant en album aux Éditions des Arènes. Cette bande dessinée reportage d’Emmanuel Guibert, Frédéric Lemercier et Alain Keler invite à suivre le périple européen de ce dernier, sur les traces de la plus grande minorité du continent. Parti à la rencontre des Roms pendant une décennie, il s’immisce dans le quotidien de ce peuple déraciné, discriminé, harcelé, en proie à la misère et à l'indifférence. 

En s’appuyant sur les instantanés d'Alain Keler, Emmanuel Guibert (La guerre d’AlanLe Photographe) dresse le portrait peu reluisant de laissés-pour-compte devenus indésirables. Des hauteurs de Pristina aux portes de Paris, avant de se faire rattraper par l’actualité dramatique de l’été 2010 lors de l’épilogue, les auteurs témoignent et constatent avec justesse, sans jamais tomber dans le larmoyant. À la recherche de moments de bonheur et de notes positives dans cet amas de paysages et visages désolés, ils s’attardent ainsi sur des enfants faisant la roue au milieu de déchets ou sur une fête rythmée par de la musique tsigane. Malgré un sujet qui invite moins au voyage que dans Le Photographe et d'autres petites imperfections, telles que l’absence de fil rouge au niveau de la narration ou un manque d’empathie qui est probablement dû au regard distancié d’un auteur approchant cette communauté avec une certaine retenue, cet éclairage humain et parfaitement documenté ne peut pas laisser indifférent. 

À l’instar de la trilogie consacrée aux images du regretté Didier Lefèvre, cet ouvrage mêle à nouveau photographies, dessins et écriture. Le traitement visuel étant assez proche de ce qui a été fait dans Le Photographe, il ne réserve certes que peu de surprises, mais demeure cependant d’une qualité remarquable. Si les dessins servent principalement de liant entre les différentes scènes et s’effacent très souvent au profit du récit, certains passages permettent cependant de le mettre en avant, comme lors de cette danse parsemée de couleurs, sur les airs endiablés de Kesaj Tchavé. La véritable force graphique se situe évidemment au niveau des images capturées par Alain Keler, car celles-ci permettent de partager des moments qu’il serait impossible de dessiner ou de narrer. Au milieu des paparazzi et des photographes de mariages il y a en effet LE photographe, celui qui n’hésite pas à prendre des risques pour nous montrer l’envers du décor. Des hommes et des femmes qui décident d’associer leur passion pour la photographie à la noble cause. Des aventuriers dont Niépce et Daguerre seraient assurément fiers.

Tout comme Le Photographe ou Gaza 1956, cette entreprise journalistique exploite parfaitement les possibilités du neuvième art, tout en lui faisant grand honneur.