Posol (Le Messager)

 

Notre participation au tournage du film Posol (Messager) est minimaliste - Stefan est dans le comparse et moi j´ai un petit rôle de curé qui dit deux phrases et fait les cent pas dans la sacristie. Mais, même à petite échelle, la collaboration avec Ivan Ostrochovský et Paľo Pekarčík est non seulement un vrai plaisir, mais aussi une expérience d´amitié et la possibilité d´être avec des personnes qui nous ont déjà plus d´une fois aidé par le passé. J´ai à l´esprit l´intervention d´Ivan, lorsque notre chauffage a explosé en plein hiver, du temps quand nous étions avec notre lycée dans les locaux vétustes de la rue Továrenská. S´il n´y aurait pas eue l´intervention immédiate de nos amis du cinéma, nous étions cuits... ou plutôt gelés comme des esquimaux... Et je ne parle même plus de tous les innombrables  coups de pouce de Palo a propos de pratiquement tous les tournages aux quels nous avons participé... 


 

Incursion en zone grise

Le metteur en scene Ivan Ostrochovsky a commencé a tourner en juin le film Posol (Le Messager). Le film est situé en 1980 dans les murs de la faculté catholique de théologie, qui a collaboré avec le régime de l´époque.

"C´est l´histoire de deux copains, qui, après le lycée, s´inscrivent à la faculté de théologie. Ils sont encore naïfs, et ils pensent que si, sous le communisme, ils vont étudier pour etre curés, automatiquement ils seront du bon côté de la barricade. Mais même à l´école tout ne va pas pour le mieux et comme dans le reste de la société, ici aussi, il y a plein de compromis." nous apprend le metteur en scène, Ivan Ostrochovský. "Pour moi, le Posol (Messager) est avant tout un film sur l´amitié de deux jeunes et de leur arrivée à l´age adulte, lorsqu´ils sont pour la première fois confrontés avec la morale de la société et ils doivent faire leurs premiers choix, qui vont déterminer leur vie future. L´un d´eux est moins courageux et prêt à faire des concessions, l´ autre non. De là, naît entre eux un conflit. Nous essayons de montrer, à quel point cette époque arrivait à détruire les relations entre les hommes et comment la volonté de sauver une amitié peut prendre des dimensions plus grandes.

En 1980, c´est  réellement arrivé, un groupe d´étudiants en théologie de la faculté de Bratislava a fait une grève de la faim pour protester contre l´Union éclésiastique Pacem in terris qui a collaboré avec le régime. C´était très courageux, puisqu´en 1980 personne ne pouvait croire que le régime totalitaire de la Tchécoslovaquie socialiste pourrait un jour tomber," remarque le metteur en scène.  

Dans l´histoire du Posol, qui s´est librement inspiré de ces événements, un des copains veut prouver à l´autre, qu´il n´est pas un lâche, et qu´il sait prendre des décisions fortes - et pour cela, il organise une grève de la faim. "Il ne veut pas sauver la société, il ne se bat pas pour la démocratie, mais pour l´amitié. C´est un thème éternel - tout le monde dit oui, et un personnage sort de la zone grise de l´anonymat, dans laquelle se trouve la majeure partie de la société, et dit non. Il y va de voir comment l´homme travaille avec son autoréfléxion, comment il établit ses propres limites, jusqu´à quelle mesure il est prêt et capable de ne pas s´alligner  pour préserver son propre confort... Et ca ne s´apparente pas uniquement qu´au communisme. Bien sur, l´époque du totalitarisme ajoute à cela plus de relief dramatique, et la question de la morale est plus sensible dans l´environement clérical qu´ailleurs," dit Ivan Ostrochovský, qui a choisi le visuel noir et blanc pour le film. "Mais si nous parlons du personnage du doyen de la faculté, je ne voudrais pas qu´il donne l´impression de personnifier tout le mal du monde, ce n´est pas un personnage unilatéral. Il faut avoir conscience, qu´il était devant le dilemme - d´un côté la volonté et les efforts fournis pour que la faculté de théologie puisse dans le cadre du régime d´alors au moins d´une façon ou autre fonctionner, mais pour cela, il était de l´autre côté, indispensable de s´allier au régime. Ce n´était pas une situation enviable, parce que quoi qu´il fasse, obligatoirement il finirait par se salir un peu. Gustáv Husák (le premier secrétaire du parti de l´époque) a proclamé, qu´il sauverait cette république même si on devait lui cracher dans les yeux, et le doyen s´est dit quelque chose de semblable - qu´il va accepter le jeu avec le régime, les compromis, pour qu´il puisse sauver l´école. Et c´est là, que vient la question que nous voulons poser au spectateur : est-ce qu´une institution quelconque peut avoir un prix plus élevé que les hommes concrets?"

 

Le scénario du film a été écrit par Ivan Ostrochovský et Marek Leščák, en collaboration avec Rebecca Lenkiewicz. Posol a déjà reçu le prix du meilleur projet aux Arras Days dans le cadre du Festival Intgernational du Film d´Arras, en France. A la caméra il y a Juraj Chlpík, la production est faite par la Société Punkchart films, en coproduction avec les tchèques du Negativ. Posol est aussi soutenu par Le Fond Audiovisuel et par RTVS (Télévision Nationale Slovaque).

extraits de l´article de Daniel Bernát dans Film.sk
FOTO: Miro Nôta

 
Les scenes documentées ci-dessus ont été tournées le 17 novembre 2018 dans l´Église du Saint Esprit, datant de la moitié du XIII siecle, dans le village de Žehra, a l´Est de la Slovaquie

Fotogaléria: Posol