Début de l´année

Cette année commence un peu comme a fini la précédente. La fin de l´année n´a pas été brillante, nous étions constamment sous le coup des coups de sort pas très heureux de Roman, fin décembre on s´est souhaité les Meilleurs vœux pour la Nouvelle année, manifestement, il va falloir attendre encore un peu pour en voir les effets...

Pour Roman, la constance du malheur fait partie intégrante de sa situation plus que précaire, nous, on accompagne comme on peut, et hélas, bien que dans une moindre mesure, mais quand-même, les choses prennent pour nous nous petit à petit la même tournure. La nouvelle capitale pour nous, c´est la fin du partenariat avec le CCFD. Victor, le nouveau remplaçant de Charlotte, la nouvelle responsable de notre partenariat, nous l´a annoncé il y a quelques mois, nous avons eu une discussion par télévisionnage, une première pour moi, j´étais surpris d´avoir réussi à me brancher sur l´application, et c´est de visu que j´ai appris la nouvelle. La situation financière est catastrophique, les entrées de fonds par dons se minimisent, il faut réduire les partenariats, et le nôtre fait partie des réductions. Bien sûr, c´est un coup dur, capital, pour nous.
Mais en ce qui concerne le CCFD, nous ne pouvons qu´être reconnaissants, infiniment reconnaissants pour toutes ces années de partenariat et de soutien que nous avons à notre actif.  Ce partenariat et soutien nous ont permis de faire tout ce qu´on a fait, de faire des choses insensées, des miracles au jour le jour, comme toutes nos infinies répétitions, lorsque nous ramassions des enfants des bidonvilles, qui sans cela ne feraient que trainer comme le reste de leurs journées, et avec nous ils trouvaient des coins de paradis, non, je n´exagère pas, il faut voir la réalité de tous les jours dans les bidonvilles… Et aussi toutes ces innombrables sorties en tournées internationales que nous avons réalisées durant toutes ces années. C´est tout simplement inouï, incroyable, inconcevable ! Et pourtant, cela a été la réalité de nos années de partenariat.  Le travail, la discipline, la joie, l´espoir. C´étaient nos objectifs, simples, pas compliqués, à appliquer tout de suite, dans l´immédiat. Notre pédagogie était du même acabit, apprendre à dire bonjour, merci, ne pas cracher par terre, tout ranger derrière soi… On partait de la réalité du terrain, ou tout cela faisait défaut, et il fallait bien commencer par quelque chose. Commencer, et puis continuer. Et cela, nous avons pu le faire grâce au CCFD. Le pape Francois disait dans une de ses allocutions que les seuls qu´il faut privilégier ce sont les personnes âgées, car elles représentent le passé et le savoir, et les enfants, car ils sont l´avenir et l´espoir. Nous remercions le CCFD de nous avoir permis de privilégier les enfants tsiganes. 
Nous pouvons encore bénéficier d´un soutien cette année, comme cela nous allons pouvoir préparer le changement dans nos activités. Il va falloir quitter nos locaux de répétitions, trouver une solution pour le dépôt de tout notre matériel, les instruments de musique, les costumes, le matériel documentaire relatif à tout notre passé, les affiches, les livres, articles de journaux, CD, DVD, tout ce qui constitue la matérialisation de plus de deux décennies de l´existence de notre groupe et de notre association. Au fil des années c´est tout un petit musée qui s´est constitué ainsi. Je ne sais pas comment nous allons faire, depuis longtemps nous cherchons un autre endroit pour nos activités, moins cher, mais sans succès. Les demandes auprès de la  Municipalité de Kežmarok se sont toutes soldées par des échecs, la recherche d´autres endroits similaires, de même. Il n´y a pas grand-chose de disponible, et c´est encore plus cher et beaucoup moins bien. Donc la question reste ouverte. 
Pour les répétitions il va falloir aussi changer de formule, nous ne pourrons plus amener les jeunes chez nous, car nous n´aurons plus de chez nous, et nous n´aurons plus de quoi financer les allers-retours des colonies à la ville. Ne restera qu´à venir sur place, comme nous l´avons fait dans le temps, et faire les répétitions dans les champs ou chez l´habitant, au bidonville. Mais c´est très aléatoire, ne peut durer qu´un temps restreint, les expériences passées n´ont jamais duré longtemps. Et puis, les années aidant, je ne me vois plus faire des répétitions dehors, dans la neige, par – 15°, comme je le faisais dans les temps héroïques lorsque j´avais 20 ans de moins. 

Toutes ces questions sans réponses pèsent lourd sur notre mental, et nous n´avons même plus les répétitions comme remède miracle pour remonter le moral. Nous avons travaillé intensément l´année dernière, il y avait le vernissage des Carret à Bratislava, comme point de mire, une sortie dans la capitale était une motivation de premier plan pour tout le monde et il fallait se préparer comme il se doit à cet événement majeur de la saison. Donc nos maigres réserves financières sont passées dans ce projet, de plus le sponsoring du voyage en bus est tombé à l´eau, nous avons couvert ce déplacement par nos propres fonds, et nous nous retrouvons en ce début d´année sans couverture financière aucune, sans un sou.  Nous avons dû emprunter pour payer le loyer et les quelques répétitions en début d´année, mais ensuite, il ne nous restait qu´à marquer une grosse pause, en attendant les jours meilleurs. En attendant le versement de la subvention du CCFD encore promise cette année.

Les retrouvailles avec le groupe après  les Fêtes étaient chaleureuses et enthousiastes. Tout le monde a mis le paquet, l´investissement et la dynamique étaient au maximum. Après, ne restaient que les coups de fil et les messages sur le Messenger, quand est-ce qu´il y aura la prochaine répétition ? A chaque fois je répondais que dans quelques jours, la semaine prochaine, patience, on va reprendre bientôt. Tout le mois de février s´est écoulé ainsi, en attendant la reprise qui était sans cesse reportée au lendemain…

Il n´est pas facile de mobiliser les jeunes qui sont marginalisés pour des activités qui demandent un certain investissement personnel, des efforts et de la discipline. Dans leur univers, il n´y a aucune raison pour qu´ils se plient à des règles strictes qui leurs sont fondamentalement étrangères. Notre action comprend des contraintes pour tous les participants, nous ne faisons aucune dérogation à la discipline et à la rigueur du travail, et pourtant, la demande de la part des jeunes ne tarit pas. Et cela, même après pas mal de temps sans contact direct, sans reprise dans l´immédiat. Dans chaque communauté il y a les « meilleurs de la classe », quelques individus qui ont la chance d´avoir un environnement familial favorable, qui les pousse dans la bonne direction. Mais il s´agit toujours de cas isolés, dans les bidonvilles, presque inexistants. Nous nous adressons pas à ceux-là, ils n´ont pas besoin de nous. Nous essayons d´interpeller tous les autres, la grande masse de ceux qui sont les derniers de la classe, autant dire l´énorme majorité ici, dans les bidonvilles, et même au sein de cette majorité hors de l´excellence, nous ouvrons nos portes à ceux qui sont les plus marginalisés, les pauvres parmi les pauvres, miséreux, dont les parents ne sont pas très présents, en prison, au loin au travail, ou sur place, mais sans intérêt particulier pour leur progéniture… Et tous ces gamins ne cessent de rappeler, de demander sans arrêt quand est-ce qu´on va reprendre, c´est quand la prochaine répétition, le prochain spectacle, partira-t-on cet été en tournée ?... 
Cette demande, ce besoin de nos activités de la part de tous ces jeunes est la preuve que ce que nous faisons a un sens, notre investissement et nos efforts ne sont pas vains, mais rencontrent un réel écho auprès de ceux auxquels nous nous adressons. Ceux, qui d´habitude, dans leur vie de tous les jours « résistent » à tout ce qui vient de l´extérieur. L´école, les clubs bien équipés, les projets faramineux, toutes les meilleures intentions de la part des gens bien intentionnés, ne font que les effleurer, ne laissent pas de traces, ne leur donnent pas envie de s´investir, de revenir. Nous, si ! Quand je reviens au bidonville après une longue absence, tout de suite c´est la grosse meute autour de moi – quand est-cela prochaine répétition, est-ce que je peux venir, moi aussi ?... Oui, ça, c´est une réelle satisfaction.
Une bonne surprise. Nous avons été contacté par de jeunes de Batizovce, un village rom des environs de Poprad, qui nous ont demandé s´ils pourraient venir chez nous pour faire connaissance. Ils sont en train de fonder un groupe et ils voudraient venir prendre des conseils et apprendre quelque chose. Une telle demande est très rare. Les Roms sont en général très fiers, surs d´eux, parfois prétentieux, rarement ils admettent, et de surcroit dans le domaine de la musique, qu´ils auraient quelque chose à apprendre. Alors cette sollicitation de la part de ces jeunes est plus que surprenante. Nous nous mettons d´accord, la première fois qu´ils devaient venir ça n´a rien donné, mais quelques semaines après, c´était bon, avec juste un jour de retard, au lieu du vendredi, comme convenu, ils sont venus le samedi. Nous, on a fait déjà une grosse répétition le vendredi, pensant qu´ils seraient là, mais puisqu´il s´était avéré qu´ils ne pourront venir que le samedi, nous avons remis ca le samedi, j´ai mobilisé une petite équipe de Lomnica, et nous les avons accueilli au pied levé. Ils sont venus juste à cinq, avec le travailleur social de leur colonie, leur servant de chauffeur. 
Nous avons fait une répétition classique, à effectifs réduits, en incluant instantanément nos visiteurs dans le mouvement. Ça s´est très bien passé, ils étaient subjugués, enchantés, conquis. Ils n’ont jamais vu ça, ils n´ont jamais vécu ça. Il faut dire que pour nous c´était une opération de routine, de celles que nous avons mené de très nombreuses fois lors de nos interventions auprès des roms migrants des Balkans lors de nos interventions dans les campements sauvages à travers la France.  Le principe est simple, il faut entrainer le public dans le spectacle, le diriger, le faire participer, sans qu´il se rende compte qu´il est maitrisé, manipulé par nos soins, il faut qu´il aie l´impression que c´est lui qui maitrise la situation, que c´est lui le roi du parquet et de la soirée. C´est tout simplement le principe du travail avec les clients au cabaret, travail qui était mon gagne-pain durant la majeure partie de ma vie professionnelle. Avec les Roms cette sensation de bien-être s´accompagne aussi d´une prise de conscience positive de son ethnicité, pour une fois, le fait d´être rom, n´est plus ressenti comme une tare, un stigmate douloureux, mais au contraire, être Rom est tout à coup positif, valorisant aux yeux des autres et de soi-même. Combien de fois, des Roms parmi nos spectateurs, nous ont dit après le spectacle que c´était la première fois de leur vie qu´ils ressentaient de la fierté à être des Roms. 
Pour maitriser de telles situations il faut être préparé à les gérer, il faut savoir ce qu´on veut et comment y parvenir. Au cours des années de pratique nous avons crée et mise en pratique notre méthode, notre façon de faire, la preuve – la réussite de cette séance. Cette réussite tient donc de notre expérience, qui dans le cas présent était appliqué par nos plus anciens du groupe actuellement, Matej et Jakub, membres du groupe depuis leurs 5 ans, et ils en ont 25 maintenant, accompagnés par Roman, avec le même palmarès, et secondés par Dominik, qui bien qu´il ne soit pas aussi ancien, mais ça doit bien faire au moins sept ans qu´il est avec nous, il comprend très bien quoi et comment en ce qui concerne le spectacle et la façon de le mener. En plus de ces grands, il y avait deux petits, Stanko et Veronika, qui se sont parfaitement moulés dans le mouvement. 
Et en plus, tous, ils faisaient ce qu´il faut faire, sans s´en rendre compte au premier degré, je n´avais besoin de rien leur expliquer, je menais et dirigeais le tout, bien sûr, et tout le monde, spontanément avait les bonnes réactions, les bons réflexes, et la répétition avec nos visiteurs était un succès flagrant. Ils ne demandent qu´à revenir. Ce n´est pas évident, leur village est loin et excentré par rapport à Poprad et Kežmarok, c´est compliqué au niveau des transports, et en plus en ce moment nous  n´avons pas comment assumer leurs déplacement financièrement, mais quand les choses s´arrangeront cela pourra faire de bonnes recrues.  
Cet hiver est très rude. Les températures descendent bien bas et se maintiennent autour des – 20° durant de longues semaines. Les forêts autour de la colonie de Lomnica sont toujours aussi bien gardées, alors tout ce qui peut servir de chauffage est bon à prendre, y compris les chaises en bois de notre local qui ont rendues l´âme en servant de matière à percussion lors de nos répétitions effrénées. Elles serviront de chauffage à Roman pour quelques nuits, ainsi que les débris des petites armoires jetés dans la foret.  
 
Mais une autre catastrophe s´abat sur lui. Mardi matin passent inopinément chez lui deux employées du Service social, et leur constat est sans appel, s´il n´arrange pas son habitat, on va lui enlever ses enfants et les placer à l´orphelinat. Elles repasseront jeudi, et si rien ne change, elles passeront à l´action, les enfants iront à l´orphelinat. Il n´y a pas longtemps la femme qui habite une des cabanes comme celle de Roman d´avant, a été mise en prison, et les enfants à l´orphelinat. Manquement au devoir parental, et ça n´a pas trainé. Il est évident que Roman risque le même sort. Sa fille de six ans, Romanka, qui vient de commencer sa première année de scolarité, a déjà 94 heures d´absence depuis le début de l´année scolaire. Roman a beau plaider que c´est parce qu´il allait chez ses beaux-parents car il n´avait pas de quoi se chauffer chez lui, le Service social est intransigeant, si les enfants ne vont pas à l´école, les parents finissent en prison et les enfants à l´orphelinat. Cette législation, très répressive, reliquat du temps des communistes, est le seul rempart contre l´abstentionnisme de masse des élèves roms, elle produit une assiduité scolaire très élevée, il faudrait encore que la qualité suive la quantité, que l´école soit aussi un apport réel au niveau de l´instruction et de la pédagogie, et pas seulement un épouvantail qui remplit les cahiers de présence, sans apporter vraiment quelque chose de fondamental à ses élèves. Roman a un jour pour aménager sa pièce, dans laquelle il n´y a rien, pas de lavabo, normal, il n´y a pas d´eau courante ni de canalisation, mais ça, les Service social n´en a cure, il faut que Roman aménage un coin cuisine, qu´il trouve une armoire pour que toutes les affaires, les vêtements des petits, ne trainent pas par terre, et il faut aussi qu´il ait au moins un peu de bois pour se chauffer. Une des femmes du Service dit carrément à Roman qu´il vit avec ses enfants pire qu´un chien… Pas très déontologique, ni très fin et encore moins sympa ni professionnel, mais hélas, vrai… Dans sa nouvelle demeure, Roman a au moins plus le problème des rats, mais tout le reste laisse à désirer. Enormément. Le Service social ne peut pas laisser passer cet état des choses. Si Roman ne trouve pas de solution, ils n´hésiteront pas à mettre leurs menaces en exécution. 
Que faire ? Roman nous appelle, mais nous n´avons pas comment intervenir financièrement. D´ailleurs, nous l´avons fait il y a 5 ans, lors de la naissance de sa première fille, pareil, le Service social est passé et il fallait agir en urgence. Nous avons remis à neuf la pièce qu´il habitait chez sa grand-mère, le danger était jugulé dans l´immédiat, mais en peu de temps tout est revenu comme avant, il était chassé de chez la grand-mère, et a commencé son interminable anabase de cabane en cabane, qui dure pratiquement jusqu´à nos jours. Avec plein d ´essais jamais transformés de réaménagements, rafistolages, et même une caravane livrée clefs en main, rien n´y fait, la situation est toujours la même, intenable, et le Service social guette son heure… 
Je téléphone à un ami qui fait des travaux dans sa maison de campagne, il nous donne un meuble de cuisine pour mettre sous un évier. Il n´y a pas d´évier, mais c´est mieux que rien, le meuble est presque neuf, et de toute façon il n´y a pas d´eau courante dans la pièce à Roman. Pour le reste, nous n´avons pas comment l´aider. Ce qu´on avait à l´école, ça fait longtemps qu´on l´a donné, il n´y a plus rien. Tout ce qu´on donne ne dure jamais longtemps, le toit fuit, alors les pluies altèrent rapidement les meubles en bois, si ce n´est pas les intempéries, les crises de rage de Véronika mettent à mal immanquablement même les pièces les plus résistantes, et ce qui reste finit dans le poêle lorsqu´il fait moins 20°dehors. C´est mal parti pour le lendemain avec le Service social qui doit repasser faire son constat. 

Mais Roman ne se laisse pas abattre, il cherche intensément sur le net, et il trouve une annonce proposant deux armoires gratuitement, il suffit de venir les chercher. Roman n´a pas de crédit pour appeler lui-même, alors c´est moi qui contacte la dame qui a mise l´annonce. Hélas, trop tard, les armoires ont déjà été retenues pour quelqu´un qui s´est manifesté plus tôt. Pas de chance. La situation est désespérée. Mais, revirement de situation ! Dans l´après-midi la dame aux armoires rappelle, les gens qui devaient venir se sont désistés, alors si ça nous intéresse toujours, on peut venir. Roman n´a même pas de quoi venir en train ou en bus, alors je le prends en revenant de Kežmarok et on va voir sur place, la question est si les armoires vont entrer dans ma voiture. Bien sûr que non. On rentre tant bien que mal juste un meuble, j´ai peur de casser les vitres, et on rentre, démoralisés, à Lomnica. Pour ramener le reste des meubles il faudrait louer une voiture avec remorque, et ça coute cher. On a pas les sous pour. Tant pis, il n´y a rien à faire. On décharge le meuble dans la colonie, c´est le gros bazar, tous les mômes accourent, c´est quand la répétition, un sacré cirque ! On pourrait trouver une voiture pour demain à midi, mais ce sera trop tard, les dames du Service vont passer le matin. Je téléphone aux donateurs des meubles pour leur dire que nous ne pourrons pas revenir ce soir. Je rentre chez moi, mais en garant ma voiture, je reçois un coup de fil de Roman, il vient de trouver une voiture, on peut venir chercher les armoires. A condition de trouver des sous pour payer la course. Nos derniers deniers y passent, mais allons-y. Je rappelle la dame, et c´est reparti. Il fait déjà nuit, ça fait trois heures qu´on s´affaire la sorte. Cette fois-ci tout est chargé, la petite camionnette est bien remplie, deux armoires, plein de planches en contreplaqué qui serviront comme bois de chauffage, et même trois paires de ski dont les propriétaires voulaient se débarrasser. Heureusement que Roman a ramené avec lui quatre gars, car il y avait de quoi faire pour charger tout ça. Le temps qu´ils montent le tout de la cave à la camionnette, je discute un peu avec le chauffeur. C´est un gars du bidonville, avec sa camionnette il fait des courses pour toute la colonie et gagne sa vie comme ça. Il habite dans le bidonville, mais pas dans une cabane, il fait partie de quelques privilégiés qui ont des grosses maisons, certaines de luxe, avec l´eau et les toilettes, à l´entrée de l´osada. Il est le père d´un jeune qui a perdu son épouse l´année dernière. C´était une belle femme, la plus riche de toute la colonie, mère de quatre enfants. Elle s´est pendue. C´était un gros choc pour toute l´osada. A midi elle a fait encore des crêpes pour ses petits, et elle est monté au premier étage et a mis fin à ses jours. Je lui demande comment va son fils, comment il se débrouille maintenant. Il me répond tout de go qu´il va bien, il en a trouvé une autre…

Le matin, comme promis, le Service social est repassé. Cette fois-ci les dames n´avaient rien à redire, tout était ok. Pas aux normes, on ne peut pas demander l´impossible, mais ce n´était plus une cabane pour chiens comme hier, mais un petit taudis presque coquet, comme il y en a tout plein dans toute la colonie. Donc les enfants restent chez leurs parents, Roman doit leur assumer une scolarité sans faille, et Véronika, sa campagne doit éviter les salles de jeux et les accès de colères dévastatrices qui s´en suivent. Petite cerise sur le gâteau, la veille un aumônier, une ancienne connaissance, a apporté à Roman une télé plasma presque neuve… Tout va bien. Du moins irait bien si ce n´était pas un remake, une reprise d´une pièce qui s´est déjà déroulée de nombreuses fois, avec toujours les mêmes acteurs, le même scénario, et jusque-là, par miracle, le même happy end miraculeux. Pourvu que ça dure…

Oui, l´avenir est plutôt flou, c´est le moins que l´on puisse dire. On s´accroche à ce qu´il y a de concret en ce qui concerne le proche avenir. En premier lieu nous attendons à la mi-mars une visite de l´ambassadeur de France, Mr. Nicolas Suran. Ce projet pendait dans l´air depuis presque un an déjà, lors de notre dernière rencontre au vernissage des Carrets à Bratislava en novembre nous en avons de nouveau parlé ensemble, et voilà que la chose est conclue, nous attendons son Excellence le 16 mars prochain.  Et ensuite, à la fin mars nous devons nous produire en petite formation lors d´en événement à Liptovský Mikuláš. Deux actions qu´il nous faut préparer, donc remettre en marche les répétitions, a fond, le temps passe vite, il n´y a pas une minute à perdre, mais comment faire sans un sou… ?!