Le foot

Nous étions logés à deux pas du stade de foot, alors rien d'étonnant à ce que le foot ait joué un rôle important dans notre séjour. Nous avons même gagné une coupe ! Une vraie, toute dorée, elle orne maintenant le bureau de notre salle de répétitions. Notre première rencontre avec le monde du ballon rond a eu lieu tout de suite, dès que nous sommes arrivés, le premier jour. Ou plutôt le premier soir, pour être précis. Et elle n´était pas des plus heureuses. Cela aurait pu même très mal tourner... Tout cela a commencé d´une manière tout à fait innocente. Comme les douches étaient directement dans les vestiaires du stade, à 200 m environ de notre gîte, nos jeunes y allaient par petits groupes, les filles à part, ensuite les grands et puis les petits. Il n'y avait pas besoin d'une surveillance particulière, l´endroit était isolé, il n'y avait personne à part nous.  Il doit etre vers les 18h, nous profitons d´un moment de quiétude et d´un repos bien mérité après cette première journée avec un spectacle tout de suite à la descente du bus après le trajet Kežmarok Tomblaine. Tout un chacun vaque à ses petites occupations, on se remet des émotions du voyage, une petite fin d'après-midi tout ce qu´il y a de tranquille. Je suis sur le pas de porte de la salle de réfectoire qui nous sert de dortoir, à réfléchir comment organiser le dîner et le couchage du premier soir, et tout a coup j'entends des cris violents de gosses, et nos gosses qui déboulent à toute vitesse en hurlant de frayeur. Dans leurs pattes un espèce d'énergumène en tenue de foot, complétement excité, essaie de le rattraper, en hurlant lui aussi : vide tes poches, montre ce que tu as dedans... Nos petits, bien sur, ne comprennent rien et s´enfournent a toute vitesse dans la porte du gîte, et le gars qui les poursuivait tombe directement sur moi. Toujours tout excité, il continuait à vociférer ses invectives, en voulant passer aux actes, à savoir faire les poches des petits.  Heureusement que j´étais là, j ́ essayais de calmer le jeu, c.a.d. de calmer  le gars qui, décidément, était dans tous ses états. Je ne comprenais pas ce qui se passait, en restant au maximum calme, j´expliquais au type qui je suis, qui nous sommes, et je lui demandais des explications. Mais ce n'était pas aussi simple, visiblement très énervé, il continuait son couplet de plus belle. J´ai dû me montrer plus persuasif et déterminé, pour l'empêcher déjà d´en venir aux mains, et pour qu´il m´explique enfin ce qui se passe. Il continuait à crier : c´est des voleurs, il faut qu´il vident leurs poches... Pendant ce temps nos petits et aussi les grands m´expliquent leur version des faits. C´était assez simple. Les petits sont partis prendre une douche dans les vestiaires du stade de foot. Ils ne pouvaient pas savoir qu'un entraînement de l'équipe locale y avait lieu. Le gardien du Centre aéré dans lequel nous étions hébergés nous a bien dit qu´il n´y aurait personne à part nous, alors nous étions tranquilles... Nos petits gars sont entrés dans les vestiaires, des simples cabines, pas fermées à clef, et ils voulaient se doucher. Et c'est là que les joueurs de foot les ont vus, ils n´étaient pas au courant que nous étions hébergés là, ils ont cru que des gamins quelconques voulaient leur piquer leurs affaires, et tout naturellement ils leurs ont courus après. Pour nos petiots  c ́était un sacré moment de frayeur, apparemment les club local était d'obédience musulmane, tous les joueurs étaient abondamment barbus et de type maghrébin, pour nos jeunes, qui ne sont pas habitués à une telle multiculturalité de terrain, c´était une véritable apocalypse. La preuve, ils ont courus plus vite que ces joueurs de foot bien entrainés... Heureusement, car avec l'excitation et la barrière linguistique, cela aurait pu mal tourner. Le temps que j´écoute les petits, leur poursuivant est rejoint par ses coéquipiers, moins excités, et plus enclins au dialogue, alors on finit enfin par s´expliquer et comprendre ce qui s´est passé. Finalement on s´est excusés, les uns et les autres, eux, ils sont partis en voiture, et nous, on avait de quoi discuter pour la soirée. Mais quelle histoire ! Qui aurait pu très mal tourner. Dans un premier temps, lorsque le justicier vociférait ses accusations, je n´ étais pas a cent pour cent sûr de nos jeunes. Arrivant dans le vestiaire vide, voyant des affaires posées là, ils auraient pu être tentés de chaparder quelque chose. C´étaient des nouveaux venus dans le groupe, je ne les connaissais pas depuis longtemps, et je savais que pour certains d'eux, des antécédents familiaux ne jouaient pas en leur faveur, certains parents purgent de très longues peines, pour de très lourds délits... Mais il n'en a rien été, ils n´ont rien pris, ils n´en avaient même pas le temps, car les footeux leur ont couru après tout de suite. Et d'après l'enquête express effectuée sur place tout de suite après les faits par nos anciens, il n'en a rien été, et aussi maintenant, des mois après, après avoir décortiqué l ́événement plus d'une fois entre nous, il est évident qu ́ils ne voulaient rien chaparder, c ́était tout simplement un sacré concours de mauvaises circonstances et un énorme moment de frayeur. Et pas seulement pour les petits. Je dois avouer, que j´étais, moi aussi, sonné par ce rodéo instantané, qui aurait pu tourner très mal. Nous en débattions entre nous, mais je n'en ai pas touché un mot a Hervé, cela aurait inutilement jeté un malaise sur notre séjour, et tout compte fait, il n´y avait pas de mauvaise intention, juste un gros paquet de mauvaises circonstances. Les joueurs de foot se sont excusés, ils comprenaient aussi bien que nous ce qui s´est passé, et étaient contents que cela ait fini bien. Cela étant dit, il faut  rester vigilant, et redoubler d ́efforts au niveau de la sécurité collective, la quiétude de notre villégiature ne peut être maintenue qu´au moyen d´une attention permanente sur tout et sur tous, je n´arrete pas de le dire, et de le faire... Je surveille ! 
La seconde aventure due au foot était tout le contraire de la première. Mais elle était tout aussi inattendue. C'était samedi, le dernier jour du festival. Après une prestation relativement matinale, nous avons joué vers 11h devant un petit centre commercial dans une municipalité voisine, après un bon repas nous avons profité d'une après midi de quiétude, relax dans notre gîte, à attendre le soir, pour une dernière prestation pour la clôture du festival. Cette fois-ci, ce sont les grands qui sont partis prendre une douche, après m'en avoir demandé la permission. Pas de problème, mais après un petit laps de temps, j´ai préféré quand même envoyer Johann les rejoindre, on ne sait jamais. De nouveau, un laps de temps passe, plus long que le premier, et nos adeptes des bains douches ne sont toujours pas là, pas plus que Johann. Bon, j´y vais de ce pas, voir si tout va bien, s´il n´y a pas encore une méprise internationale en train de se fomenter.  Arrivant au stade, je vérifie d´abord les douches vestiaires. Rien à signaler de ce côté, les locaux sont parfaitement vides.  Alors je vais jeter un coup d´ œil sur la pelouse du stade, et un tableau assez surprenant s'offre à mes yeux. Deux équipes s'affrontent dans un duel sans merci, mais correct quand même, très fair play, sous un soleil tapant comme à midi, même s'il était déjà bien autour des 15, 16 heures. La première équipe, constituée d´une demi douzaine de jeunes français de toutes origines, parfaitement équipés, maillots et shorts réglementaires, et bien sûr, des chaussures de foot à crampons de dernier cri. Les français avaient visiblement l´avantage, mais étaient bons joueurs et laissaient les autres aussi toucher le ballon de temps en temps et même marquer quelques buts. Les autres, vous avez compris, c´étaient les nôtres, étaient en slips, pieds nus ou en chaussettes, et n´avaient rien de réglementaire pour le moins du monde. Il va sans dire que ni les slips ni les chaussettes n´étaient assorties comme les maillots de leurs collègues français. Mais cela ne les empêchait pas de jouer avec un entrain et fougue qui leur faisait tout honneur, on aurait dit qu'ils sont sur scène à déverser du pur Kesaj archi dynamique et énergique. Johann faisait office d´arbitre et joueur simmultanément. Ce qui était formidable, c'est que même les infirmes notoires, comme Jakub, qui avait régulièrement des souffles au coeur, ou Roman, qui souffrait d'une malformation à la hanche de naissance, couraient et dribblaient comme des champions, Messi, Pelé, Zidane confondus... C'était du sérieux, le score était constamment très serré, et malgré le temps qui venait à manquer, on jouait sans arrêt les prolongations. J ́ai apporté un bac de boissons pour tout le monde, pour qu´il ne tombent pas comme des mouches sous ce soleil de plomb, mais visiblement, ils tenaient tous une forme d ́enfer, qui aurait dit qu ́a la maison ils ne décollent pas de devant la télé, et qu´ils ne peuvent pas rester 5 minutes sans allumer une clope (quand ils en ont...). A un moment le capitaine de l´équipe de France a montré une coupe, une vraie, toute dorée, et a dit que ce serait la récompense pour les vainqueurs. Ils n´en fallait pas plus aux nôtres pour que des ailes leurs poussent, et dans leurs slips et chaussettes ils accomplissaient de véritables prouesses, dignes des pros internationaux. N'arrivant pas à se départager, le score toujours aussi serré, le spectacle du soir risquait d'être compromis, je suis intervenu en annonçant que celui qui marquerait le prochain but, serait le vainqueur et partirait avec la magnifique coupe. La, c´était évident, que les français ont laissé nos gars marquer, mais sans que cela se voit trop, et il y a eu une remise de la coupe triomphale, et un retour au gîte non moins triomphal, en chantant, la coupe brandie haut au-dessus de la tête. Du jamais vu. L´équipe Kesaj, de Rakúsy et Veľká Lomnica a remporté la Coupe du Monde ! Le triomphe! La gloire ! La joie ! La joie partagé par tout le groupe, incrédule de voir débarquer leurs potes en slips, brandissant une vraie coupe, qui ́ils m'ont, tout fiers, tout de suite remise dans les mains, pour la photo, et pour que je la mette bien en vitrine au bureau de la salle de répétitions, une fois rentrés chez nous.  
Je ne connais pas les dessous de cette histoire incroyable. Rien n´était prévu, ni convenu. Les jeunes joueurs français ne pouvaient pas savoir qu ́ils allaient rencontrer de parfaits inconnus en slips et en chaussettes, qui ont rampé sous le grillage du terrain de foot (qui était fermé) pour se taper un match ensemble, qu ́ils allaient les laisser gagner, et qu ́ils allaient leurs offrir cette coupe incroyable !  Cette histoire, je l´ai raconté à Hervé, c´était un magnifique cadeau pour la dernière soirée du festival. Et chapeau aux jeunes joueurs de foot francais !