Matej

 

Matej a été un élément exceptionnel. Une bête de scène, dès ses premiers pas sur celle-ci. Déjà, lorsqu´il commençait à peine à marcher, et sa sœur Maria le portait dans ses bras, il était capable de se rouler par terre en hurlant de rage, pour qu´on le prenne en répétition. Notre premier geste pédagogique était de le laisser tranquillement se rouler et hurler de plus belle, jusqu´à ce que, sous le regard médusé de tous ses proches, il s´épuise et se calme... Voilà, en gros et en raccourcis, notre méthode éducative, et, j´espère, aussi notre apport concret dans la vie de ce petit bonhomme...

Mais, cette anecdote mise à part, Matej était un véritable crack du show bizness, dès qu´il a été capable de se mouvoir tout seul sur scène. Il avait un sens de la scène, du spectacle, des spectateurs, exceptionnel, inné. Il vivait la scène comme sa véritable vie. Il en avait besoin, il donnait toujours le plein de soi-même, et le public, ravi, ne faisait qu´en redemander. Plus d´une fois il nous a sauvé le spectacle. Si je sentais que sa s´enlisait´un peu, il suffisait d´envoyer Matej au devant, et sa seule présence suffisait à relancer la machine… Matej était aussi le génie du direct. Jamais, il ne lui serait a l´idée de faire en direct à la télé ce que l´on a répété et mis au point au paravant. A chaque fois il n´en faisait qu´ à sa tête, et… c´était génial !

Bon, puis le temps a passé, le petit gosse attendrissant et espiègle devenait ados, et instantanément adulte, comme c´est d´usage ici. La spontanéité et le plaisir de la scène étaient remplacés par d´autres priorités relatives à l’âge et la nouvelle situation sociale inhérente a celui-ci. Il faut dire aussi, que Matej n´était pas un crack des claquettes, il excellait dans du situationnel, et les répétitions devenaient pour lui source de lassitude, et, toujours dans notre démarche dans la quelle prime le collectif sur l´individuel, nous n´avons pas été en mesure de lui proposer une alternative qui corresponde a son évolution. C´est comme ça….  C´est dommage, et le cas Matej est une source intarissable d´interrogations sans réponses a nos éternels questionnements sur le sens profond de notre action…

 

Apres tournée mai - jiun 2018

Le constat d´un investissement sans faille de la part de tous les anciens. Tous, sans exception, se sont engagés à fond dans l´aventure, jamais il n´y a eu besoin de pousser celui-là, ou celle-ci. Une maturité qui n´avait encore jamais été atteinte jusque là. C´est difficile d´expliquer à quel point c´est rassurant et comment ca fait du bien. Cela vient surtout du fait qu´il y a eu cette terrible période d´instabilité, en fait, de décomposition, quand on se disait que c´est la fin de l´aventure, il faut bien que ca s´arrête un jour, et au niveau individuel, par rapport aux évolutions de certains des anciens, on se demandait si tout cela valait vraiment le coup. Par exemple Matej. La star des années 2010. Le gamin a fait partie du groupe dès ses 7 ans, c´était un miracle vivant sur scène. Il avait une gouaille et une dégaine incomparables, et remplissait la scène à lui tout seul. Plus d´une fois il a sauvé le spectacle en arrachant le micro des mains des autres et en emportant irrésistiblement les spectateurs avec lui. Lorsque la scène avait tendance à se relâcher un peu, il suffisait d´envoyer Matej, et c´était gagné. Et il n´avait que 7 ans. Mais le temps passait, et la petite boule de nerfs, au sourire irrésistible, grandissait, jusqu´à devenir un ado pas trop bien fagoté, qui peu à peu disparaissait de notre horizon. Manifestement il n´était plus trop motivé, il ne voulait plus s´investir, le succès d´antan n´était plus au rendez-vous. Mais quoi qu´il arrive, il avait sa place à vie au sein du groupe, tellement il a donné par le passé. Jusqu´à ce qu´un jour il déclare qu´il n´est pas là pour bosser, et il s´en va, démonstrativement. On le perd de vue. Il s´instale dans un autre bidonville, encore plus misérable que le sien, dans une famille encore plus pauvre que la sienne, avec une fille qui a déjà des enfants d´un autre, ils sont dix à dormir à même le sol, sur de la terre battue, dans une cabane qui ne tient pas debout… La vie, la vraie, qui reprend le dessus. Fini, le rêve kesaj. Ca fait mal, mais tant pis, c´est la vie. Et puis un jour il revient. On hésite, à quoi que ca va rimer? Et puis il reprend pied, on le prend quand-même en tournée, et là, c´est la transformation. Il redevient le petit gars espiègle, aimable, ce n´est plus le petit poulbot, plutôt un dadais barbu à la Duduche, mais il est absolument présent partout ou il le faut. Et surtout lors de tous ces moments hors scène, qui font la véritable vie du groupe, quand il faut donner un coup de main, ramasser les assiettes, ranger les chaises, surveiller les petits, animer quand il y a des invités. Tout cela, il faut le faire de soi-même, sans que l´on ait à le rappeler sans cesse avec Helene. Et chez Matej la magie de la transformation s´opère. La crise d´adolescence est passée, les années passées au sein du groupe n´auront pas été vaines. Ca fait du bien. Pareil pour son frère jumeau, Jakub, qui nous a joué la mort clinique à la perfection il y a deux ans au Buno. C´était du sérieux, le gars était complètement impraticable, on ne savait pas quoi faire. Lorsque j´en discute avec des amis éducateurs, ils disent avoir pas mal de cas similaires parmi les ados roms. Ils finissent irrémédiablement en psychiatrie, médicalisés, pareil, on ne sait pas quoi en faire. Nous, on a pas de médocs, on est pas éducateurs, pas plus que pédagogues et encore moins psy. Alors on attend, on laisse passer. C´est pas évident. Au bout de quelques mois Jakub revient à lui, revient à nous. Actuellement il trépide d´intelligence et de malice, plein d´humour et de repartie, il est partout là ou il faut, sur scène, comme en coulisses. Il s´investit aussi à fond dans son CAP de couture.

 

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