Septembre
La demande subvention que nous avons déposé au Fond de soutien des Arts auprès Ministère de la Culture slovaque n´a pas aboutie. Le Fond est destiné aux projets slovaques, ils nous ont fait savoir qu´on aurait dû s´adresser au Fond de soutien des Minorités nationales. On a pas pu le faire car nous avons reçu l´invitation au festival qu´après la date limite du dépôt des demandes, ce que nous avons explicitement mentionné dans notre demande. Et de toute manière, nous sommes Slovaques, et en tant que tels il est tout à fait légitime que nous nous adressions à eux, partout où nous passons nous sommes perçus comme slovaques, nous représentons la culture rom slovaque, nous portons le drapeau slovaque, etc. C´est regrettable et pitoyable, on aurait pu en faire une affaire dans les médias, mais ça aurait été tout de suite récupéré par des politiques, et puis ça ne sert à rien, alors on fait avec, c.à.d. on fait sans. Heureusement encore que le Festival a fait une collecte, ça ne suffit pas à couvrir tous les frais, mais sans cela ça aurait été une catastrophe.
Tout compte fait, nous n´allons pas nous adresser à la Fondation Bader, ni aux autres bailleurs haut perchés pour solliciter leurs faveurs. C´est peut être prétentieux et irresponsable de notre part, mais nous allons les snober, tout simplement. Apres la fin de notre partenariat avec le CCFD, sur les recommandations de ce dernier, nous avons fait le tour des grandes institutions reconnues comme susceptibles de procurer une aide financière à un projet tel que le nôtre, de la sphère de soutien aux Roms, aux jeunes et enfants des milieux marginalisés. Il y en a un bon nombre qui ont pignon sur rue, qui ont à leur actif de nombreuses réalisations impressionnantes, bien relayées dans la communication avec le public, mais tous ont un point commun, c´est la complexité des formulaires de demandes de subventions, et la conception de la réussite de leurs projets qui consiste dans une vision absolutiste, exhaustive et exclusiviste de ceux-ci. Que les meilleurs gagnent, et les autres … Tous demandent des bilans ultra positifs, des projections mirobolantes, des chiffres convaincants. Combien de personnes vont être sauvées, seront-elles sauvées durablement, quelles sont les perspectives de réussite, de pérennité, et le plaidoyer, il-y-a-t-il un plaidoyer, et les institutions, qu´en est-il du contact avec les institutions… etc. En aucun cas nous ne voulons être juges ni critiques de leurs démarches, tout simplement, honnêtement, nous ne correspondons à aucune de leurs cases de réussite humanitaire, de success-story de la misère, du mirage du social, de la réussite dans les Meilleurs des mondes. Le Monde est loin d´être le meilleur, c´est plutôt le contraire, et tout engagement honnête dans la réalité du terrain est à mille lieux de la vision que promulguent ce genre d´institutions. Quand on est sur le terrain, vis-à-vis de la réalité crue de tous les jours, c´est plus le désespoir qui prime qu´autre chose. Avec la meilleure volonté du monde, on a l´impression qu´on fait du palliatif, et pas autre chose. C´est mieux que rien, mais ca ne résout pas le problème de fond. C´est mieux que rien, n´est, bien sûr, pas un argument valable pour solliciter quoi que ce soit, et les finances d´autant plus, alors il vaut mieux compter sur soi-même et ne pas perdre de temps et d´énergie dans des démarches perdues d´avance. Avec Helena, nous sommes en train de réaliser une transaction immobilière à Paris, un promoteur s´intéresse à notre appartement, la vente devrait se réaliser dans le courant des mois à venir, et dans ce cas nous aurons de quoi faire pour réaliser une fin d´activités progressive, sans arrêt brusque et traumatisant pour tout le monde. Nous n´allons pas nous engager pour des années à venir, mais dans l´espace d´une année ou deux, peu à peur mettre fin à nos activités.
Dans ce genre de situations, automatiquement, obligatoirement, on fait des bilans, des analyses, on s´interroge sur le bien-fondé de notre démarche. Un quart de siècle, ce n´est pas rien, c´est normal de se poser des questions. Et cela d´autant plus, que nous avons derrière nous cette tournée au Festival de Montoire, qui a été marquée par des événements décrits ci-dessus, et qui nous ont marqués profondément. On s´en remet encore.
La question, toute simple, est toujours la même. Est-ce que cela a eu un sens, si c´était à refaire, le referait-on ? Pour faire simple, on peut l´appliquer à la dernière, exécrable et pourtant magnifique tournée. Tous sont d´accord sur le bilan catastrophique de ce séjour. Les agissement d´un petit noyau de parasites ont mis en péril tout le reste du groupe. Et pourtant cela a été un succès mémorable, on a fait un tabac, hormis la conduite de ces trois individus, tout a été parfait, c´était un séjour paradisiaque. On en parle avec les uns et les autres, tous s´accordent à dire que jamais il ne faut prendre de tells individus, ils ne méritent aucune attention, ni pitié, ni compassion. On leur a tout donné et ils ont tout gâché. Oui, tout cela est vrai, et pourtant… Dans un sens, c´est justement pour ce genre d´individus qu´il faut faire ce qu´on fait. Cela ne veut pas dire que nous allons être perpétuellement des victimes consentantes, non, il faut se protéger, se défendre, éviter de telles mésaventures. Mais ces mésaventures, pratiquement obligatoirement, arrivent, surviennent quand on s´y attend le moins, et produisent les effets qu´ont connait. Cela aurait pu être pire. Heureusement, on a évité le pire, on n´a pas appelé la police, il n´y a pas eu de violences. Mais il s´en est fallu de peu. Alors, si c´était à refaire, le referait-t-on ?
Oui, sans verser dans la sanctification, pas plus que dans la béatitude et humanisme irresponsable, c´est justement pour ce genre d´individus, qui ont plein de problèmes personnels, et transmettent automatiquement ces problèmes a tout leur entourage, que notre action a encore plus de sens. Tout cela, sans se victimiser, ni se sacrifier, mais en restant droit dans ses basquettes, pour utiliser une formule sympathique, en restant ferme dans notre démarche. Oui, Nikolas, Duško et Perla, peut-être pas tout de suite, peut être sans jamais de face a face avec nous, mais certainement reviendront, et reviennent déjà, sur ce qui s´est passé, et en tirent des conséquences. Cela ne veut pas dire qu´on les verra revenir la tête basse aujourd´hui ou demain, mais un jour, dans quelques années ou décennies, ils allumeront un cierge a l´église…