Aout

Nous poursuivons notre croisade administrative avec ceux de Tvarožná, Kevin, Darina et Daniela. Cette fois-ci, la maman était d´accord, très coopérative, elle était tout de suite d´accord pour aller faire faire les pièces d´identité, mais quelle ne fut notre surprise, lorsque nous venions les chercher, de trouver Daniela presqu´en pleurs, ne voulant pas partir, parce que ses copines de Lubica ne viennent pas. Daniela n´a que 12 ans, on comprend ses craintes et hésitations, mais Darina a déjà 18 ans, hier elle était enthousiaste pour la tournée, et ce matin, lorsque nous venons à 7h30 les chercher, elle n´est plus d´humeur à partir. Ces revirements de situations sont bien sûr, éprouvants et inutiles, car les sauts d´humeur se caractérisent par leur changements, et chaque jour peut apporter le contraire de ce qu´était décidé hier.  Cela concerne une grande part des effectifs, et est on ne peut plus déstabilisant et stressant pour nous. A Lomnica et Rakúsy les parents interviennent très peu, du moins directement, nous n´avons que très peu de contacts avec eux, si ce n´est les demandes d´argent pour acheter ceci ou cela avant de partir, tout à coup leurs enfants n´ont plus rien, ni de chaussures, ni des chaussettes, etc… Et si on a le malheur d´acheter quelque chose à l´un, tout de suite tous les autres veulent la même chose, même s´il ne se trouvent pas dans le manque de quoi que ce soit. La situation change tous les jours, et même plusieurs fois par jour.

Peta et Nikolas ne partent plus, car Peta est enceinte, elle a déjà avorté trois fois, alors il n´est pas question qu´elle prenne de risques de nouveau. Ok, ils resteront à la maison, cela fera deux places de plus pour d´autres, tant pis pour le chant de Nikolas qui va nous manquer. Mais cela posera problème pour Alexandra et Lubka, car les parents ne vont pas vouloir les laisser partir sans Peta, qui est leur grande cousine. Alexandra et Lubka viennent tous les jours au point de ralliement pour les répétitions, mais au moment de monter dans le bus elles font demi-tour et ne viennent pas. Elles ne communiquent pas, on ne sait pas à quoi s´en tenir.

Le même problème se pose avec Jadranka, Terezka et Simonka de Lomnica. On ne les a pas vues souvent aux répétitions, elles ont plutôt flanché ces derniers temps, et puis elles réapparaissent tout à coup. Mais puisque nous ne sommes pas surs des autres filles, on accepte qu´elles viennent, pour se retrouver de nouveau dans l´incertitude une semaine avant le départ, car le père de Simonka est ivre, et on n´arrive pas à se mettre d´accord pour qu´il vienne avec elle faire les papiers. Déjà qu´il a raté son rdv à l´hôpital pour l´opération de sa fille, sa venue pour faire faire les démarches administratives est plus qu´incertaine.

Stefania, de Lubica aurait dû avoir sa carte d´identité depuis longtemps, mais à chaque fois c´est soit sa mère, son beau-père ou son grand père qui interviennent, et on en est toujours au même point zéro, elle voudrait partir avec nous, mais c´est compliqué à la maison. Pareil pour Mariana, sa mère, qui possède un magasin d´alimentation au bidonville, donc se considère hautement supérieure par rapport au reste du monde et à nous en particulier, se délecte en ne voulant pas la laisser venir avec nous, pour la simple raison qu´elle voit qu´on aimerait bien qu´elle vienne… Derrière tout cela on sent le travail de sape de Lubo, il faut admettre qu´il réussit plutôt bien son maléfique œuvre de sabotage. En tant que coiffeur attitré de ces dames, les mères des filles de Lubica, il a une emprise démesurée sur celles-ci, un pouvoir de persuasion que nous ne sommes pas en mesure de contrecarrer. Alors c´est 1 à 0 pour Lubo, et tant pis pour les dégâts collatéraux, les filles ne partiront pas en tournée, elle resteront à se morfondre tout l´été chez elles, au grand dam des premières intéressées, les filles, et à la plus grande joie du Mephisto Lubo, notre malveillant « concurrent » déloyal, que nous avons toujours aidé, et qui nous a toujours répondu par le contraire. Ainsi va la vie, on ne va pas en tirer des conclusions fatales, il y en a qui ne changeront jamais, à moins que… mais il a récidivé déjà tellement de fois que l´on ne s´étonne plus, c´est le contraire qui eut été étonnant…

Dans tout cela il ne faut pas oublier Roman, dont la Veronika nous fait régulièrement savoir qu´elle ne le laissera pas partir, pour des raisons qu´on a déjà invoquées plus d´une fois, des sous, et encore plus de sous. On a beau les sauver de tous leurs malheurs perpétuels, de l´amener chez le médecin, de remplir la marmite lorsque celle-ci est vide, etc., rien y fait, jamais on ne sera à l´abri de ses sauts d´humeur. Le mieux est de la ramener chez ses parents, à Stiavnik, elle y sera plus tranquille qu´à Lomnica, et on récupèrera Roman un jour avant le départ. C´est ce qu´on fait vendredi, mais déjà dimanche Roman téléphone en suppliant qu´on les ramène de nouveau à Lomnica, car ils se font chasser pas ses beaux-parents, qui ne veulent plus d´eux chez eux. Et encore vendredi il m´expliquait comme c´est bien là-bas, beaucoup mieux qu´à Lomnica. Lorsque je viens les chercher, ils n´arrivent pas à trouver leurs enfants Erik de 6 ans et Bambula, qui en a 9, qui sont partis se baigner. Tout seuls. On finit par tomber sur Erik, mais Bambula, ils la laissent à son sort, Veronika dit qu´elle ira la récupérer plus tard. Heureusement, il n´y a pas eu de malheur à la baignade sauvage au ruisseau local, Bambula s´est rapatriée chez les grands-parents toute seule, et on verra pour la suite des événements.

Domino de Lomnica, qui a juré de partir avec nous, parce qu´il a quitté sa femme il y a un mois, et est parti travailler en Tchéquie entre temps, doit nous rejoindre une semaine avant le départ. Ce sera déplacé à trois jours avant le départ, mais il n´en sera sans doute rien, car un de ses collègues, rentré précipitamment à la maison, nous apprend que Domino a repris la conversation avec sa femme, ils se téléphonent régulièrement, donc il est peu probable qu´elle le laisse partir avec nous. A moins qu´ils ne se séparent de nouveau entre temps. Ceci est valable aussi pour Peta qui ne partait plus parce qu´elle était enceinte, ensuite elle ne l´était plus, donc la voilà sur la liste des partants, mais cela ne veut pas dire qu´elle ne tombera pas de nouveau enceinte dans les jours à venir, et le départ sera annulé. Tout simplement et en toute simplicité…

A cela s´ajoutent encore ceux qui voudraient partir, mais on ne peut pas les prendre, parce qu’ils sont trop petits, ou n´ont pas de papiers ou ne savent rien de rien en ce qui concerne la danse et le chant. A propos, il faudrait encore répéter, et répéter, il y a vraiment de quoi faire, à part les anciens, personne n´est au point, surtout ceux qui sont les plus incertains. Mais on n´en a pas le temps, et surtout pas l´énergie, toutes nos forces sont dépensées dans ces futilités inutiles.

Au moins une bonne nouvelle, Cyril nous apprend que sa femme le laissera partir tout seul, sans elle et sans son gamin. C´est une aubaine, Cyril est un bon apport, malgré son embonpoint et ses années de coupure avec le groupe, il n´a rien perdu de sa superbe, sur scène il assure comme avant, il nous l´a prouvé quand il nous a rejoint lors de notre dernier spectacle à Bratislava. Reste à savoir s´il tiendra parole, plus d´une fois c´était d´accord et ça a failli au dernier moment…  

Grosse surprise, Nikolas a réussi le parcours du combattant de faire faire tous ses papiers, c.à.d. le certificat de séjour dans son bidonville, l´extrait de naissance à Kežmarok, et la carte d´identité comme jackpot. Hélas, l´exploit a été gâché le jour même par une prise de bec avec les gars de Lomnica, lorsque Jakub (Jakub a un CAP de coiffeur), était en train de coiffer Nikolas celui-ci, au lieu de le remercier lui a envoyé une volée de bois vert, l´a engueulé méchamment et vulgairement, la bagarre était évité de justesse, mais plus personne ne veut qu´il parte avec nous. C´est vrai, que les coups de colère de Nikolas font peur, il est violent avec sa compagne, Péta, et on sent que ça pourrait dégénérer facilement aussi avec les autres. Le mieux serait qu´il reste à la maison.  Mais, toujours le même problème, on ne sait pas si sans lui et Peta, viendront Luba et Alexandra. Et on a vraiment besoin d´elles, nous sommes en déficit cruel des filles. On s´est rabattu sur un stratagème douteux, en disant à Nikolas que s´il ne retrouve pas sa carte de sécu, il ne pourra pas partir avec nous , comme ça on n´avait pas à l´évincer directement. Alors on insiste sur les filles de Lomnica, mais retours de bâton, Zdeno, le père de Jadranka ne veut pas la laisser partir sans ses frères, Zdenko et Boubo. Zdenko a un gros embonpoint, il a du mal à suivre des cadences un peu plus élevées, et en plus il pleure lorsqu´il est sans ses parents. On a eu une histoire d´horreur il y a quelques années avec son frère Klement, qui a commencé à pleurer dans le bus, un petit malin a envoyé une photo de Zdenko en larmes à ses parents, et le papa nous a tout simplement menacé d´appeler la police si nous ne le rapatrions pas sur le champ. C´est ce qu´on a du faire, on l´a fait rentrer de Prague par train, heureusement qu´un de nos anciens qui travaillait sur un chantier à Prague rentrait juste en ce temps et a pu l´accompagner. Nous ne voudrions pas que la même histoire se répète. Pour Boubo c´est autre chose, mais ce n´est pas simple. Boubo a été opéré il y a quelques mois, on lui a remplacé l´articulation de la hanche, il s´en est remis, mais pour se déplacer il doit utiliser une trottinette. En plus ce n´est pas un de nos membres de longue date, il n´a rejoint le groupe que tout récemment, il n´apporte rien au point de vue artistique. A part ça, il est gentil, ne fait pas de problèmes, puisque, à cause de son infirmité, il n´a pas fréquenté l´école normalement, il a eu des cours particuliers chez lui, des enseignantes, travailleuses sociales, venaient au bidonville pour lui donner des cours, donc dans son malheur il a eu la chance de suivre une scolarité normale, et de ce fait est plus éveillé que les autres, et est un bon apport en ce qui concerne l´organisation et l´accompagnement des petits. Au début c´est moi qui ait proposé qu´il fasse partie de la tournée, qu´il puisse avoir au moins une expérience positive dans sa vie d´handicapé, ne pouvant se mouvoir depuis une quinzaine d´années, et ayant retrouvé un peu de mobilité après son opération.  Alors, la solution qu´il vienne avec Jadranka me semblait idéale. Mais son père, Zdeno, et surtout Božena, la maman, sont venus relativement violemment à la charge, que c´est soit tous les trois, Jadranka, Boubo, et le petit Zdenko, qui partiront, ou personne. On a essayé de les raisonner tant bien que mal, mais rien y faisait, les parents ne voulaient rien entendre, comment qu´on allait laisser le petit Zdenko à la maison, c´est pas juste, les autres vont partir et pas lui, il va pleurer. Mais s´il part avec nous aussi, il pleurera de même, sinon plus. Que faire ?! J´étais exténué après tous ces revirements de situations, je n´avais plus la force de résister. Je me suis dit, tant pis, qu´ils partent avec nous. On sera en surnombre, on ne les fera pas participer à  tous les spectacles, ce sera vraiment un poids mort pour tout le groupe, j´en avais assez de tous ces problèmes qui n´arrêtaient pas. Mais le soir en rentrant j´ai relu le contrat avec le festival, et il était clairement stipulé que nous devons pas être plus de 25 ! Et en plus, j´ai réalisé que le séjour de plus de 26 heures dans le bus qui nous attendait durant le trajet, pouvait avoir des conséquences fatales pour Boubo, suite à son opération de la hanche d´il y a quelques mois. Que faire ?! J´ai rédigé une attestation pour Zdeno, le père du trio, dans laquelle je me déchargeais de toute responsabilité en cas de pépin médical, stipulant qu´ils étaient tous prévenus des dangers qu´ils encouraient et en prenaient l´entière responsabilité.  Cela m´embêtait pour le festival, je ne voulais pas causer de problèmes en venant avec trois personnes de plus, et ça m´embêtait tout autant pour Zdenko, que je ne voulais pas laisser tout seul à la maison. Car entretemps Nikolas a retrouvé sa carte de sécu (c´était une fausse, on l´a appris plus tard) , et il était donc partant avec Péta, cela nous faisait toujours trois personnes de plus. Nous avons encore résolu le problème de Roman, comme promis, nous lui avons donné de quoi faire des courses pour une semaine, pour qu´il ne laisse pas Veronika avec ses 4 petits sans rien. Initialement, il était convenu qu´elle serait à Stiavnik, chez ses parents, mais comme ça s´est mal passé le weekend dernier, elle restera à Lomnica. Tout en gérant l´ingérable, il fallait faire des courses, de quoi tenir pendant les 24 à 30 heures que doit durer le trajet. Au niveau des finances, nous sommes plus que serrés, on ne peut se permettre aucun superflu. Pas question de MacDo, Helena a fait des escalopes pannées pour tout le monde, avec un complément de saucisson et de chips, plus des bananes et des gâteaux aux pavots et aux noix, on devrait tenir jusqu´a Montoire, et même plus, car il nous faut toujours des compléments nutritionnels pour tenir les cadences des spectacles, souvent jusqu´au tard dans la nuit, durant le festival.

La veille du départ on essaie de joindre Cyril. Ca fait une semaine qu´on a pas de ses nouvelles,  doit-on le compter avec nous ou non ? Finalement il nous envoie un sms, que tout va bien, il part avec nous, il faut juste qu´il mette la main sur sa carte d´identité, qu´il n´arrive pas à trouver. Et pour cause : c´est sa femme qui l´a cachée….Il restera  à la maison, avec sa femme.

Le matin du départ, nous prenons Roman en voiture plus tôt que les autres, qui monteront en bus plus tard. Il nous apprend que finalement Zdeno a préféré laisser tout le monde à la maison. Ouf, comme ça le problème est résolu, pas de surplus au festival, pas de charges inutiles avec nous, on peut partir plus sereins et tranquilles. Avant de monter dans le bus encore un bon sermon à Nikolas et Petra. Pas question de problèmes conjugaux et encore moins de violence conjugale, ils viennent avec nous en individuels, pas en couple, leurs problèmes de personnels ne nous intéressent pas, ils se les gardent pour la maison, à la moindre défaillance de la part de Nikolas, ce sera retour en solo, ils sont adultes, on n´a aucune responsabilité vis-à-vis d´eux, s´ils ne se plient pas à nos règles, ils n´ont rien à faire avec nous, on les renverra sans aucun état d´âme par le premier bus pour Bratislava.

Nous sommes 25 ! Exactement comme nous l´a demandé le festival. Que l´on ait atteint finalement le nombre de participants initialement prévu, tient du miracle. De la magie, de l´irréel. Durant les trois dernières semaines les effectifs changeaient constamment et évoluaient au jour le jour, d´heure en heure. Ces imprévus, qui à chaque fois menaçaient et mettaient en péril tout le projet, étaient la source d´un stress énorme, provoquant un épuisement physique et moral, à la limite de la dépression, on se jurait de ne plus jamais recommencer une telle entreprise. Comme de maintes fois déjà auparavant. Et puis on remet ça…

Nous avons une longue route devant nous. Montoire est encore à deux bonnes heures plus loin Paris, plus à l´ouest, alors on a de quoi faire pour y arriver en respectant les limites de conduite des chauffeurs. Heureusement, jusqu´à Prague, il y en avait trois, ce qui fait que le temps de conduite des deux restants ne comptera qu´à partir de là. La route pourrait se passer bien, une bonne ambiance régnait à bord, les petits ont chanté pratiquement 12 heures d´affilé, tout le monde était plus que content d´avoir pris le grand large. Mais, malheureusement, dès le départ ont commencé des petites incivilités, qui n´ont fait que s´accroitre par la suite et qui ont terriblement marqué cette tournée. Cela commençait innocemment, par des refus de respecter à la lettre les consignes de sécurité que je donnais à tout le monde, à savoir, surtout lors des pauses sur les autoroutes, strictement respecter mes directives, personne ne doit s´éloigner sans me prévenir, ni faire bande à part, on doit tous être sans arrêt ensemble. Ces règles sont draconiennes, dès les premiers temps de nos pérégrinations elles sont respectées à la lettre par tout le monde. Pour la simple et bonne raison que personne parmi les jeunes n´a l´habitude du grand monde, du grand trafic des voitures, alors il est impératif que personne ne se déplace tout seul au milieu des bus, voitures et poids lourds qui peuvent surgir à tout moment sur une aire d´autoroute ou sur l´espace d´une station d´essence. Je veille personnellement à cela, je monte la garde, que ce soit à midi ou à minuit, je suis toujours là à surveiller tout le monde, un accident peut si vite arriver. Cela fait plus de vingt ans que je n´ai jamais raté aucun arrêt d´autoroute, pendant que les autres vont aux toilettes, les grands fument une cigarette, je suis là à monter la garde, à surveiller qu´aucun petit ne s´égare parmi les voitures, que personne ne s´éloigne tout seul. Et c´est bien comme ça, tout le monde respecte cette règle, et jusque-là, il n´y avait aucun incident à déplorer. Depuis 25 ans. Sauf que cette fois-ci, mes consignes ne faisaient pas l´unanimité. Certains, à commencer par l´équipe de Nikolas, Petra et Duško, voulaient se démarquer, et prenaient toujours un peu de retard, ils tenaient à aller aux toilettes à part, à fumer leur cigarette en solo, en dehors du groupe, ou ne pas manger lors d´un arrêt restauration lorsque nous distribuons des sandwichs à tout le monde.  Cela peut paraître anodin, mais si 25 personnes se mettent à en faire à leur tête, à aller aux toilettes en solo, à ne pas manger lorsqu´on donne à manger, etc., je ne serais plus en capacité de surveiller tout le monde, donc les petits, et on serait inutilement exposés aux dangers de la route, dont personne parmi les participant n´a l´habitude. J´explique calmement comment et pourquoi on doit faire comme ça et pas autrement, que dans le groupe tout le monde est responsable de tout le monde, les grands en premier doivent surveiller les petits et leur donner le bon exemple en observant les consignes de sécurité, mais rien y fait. Décidément le trio Duško, Nikolas et Petra, qui ont pourtant bien plus de vingt ans, sont en proie à des crises d´adolescence tardive et ne veulent en faire qu´à leur tête. Mais compte tenu des dangers réels que représente chaque arrêt d´autoroute, il n´en est pas question et le ton monte vite, ils doivent se plier à nos règles de sécurité, sinon ils n´ont rien à faire avec nous. A chaque fois ils acquiescent que oui, ils comprennent et ne vont plus recommencer, pour recommencer de plus belle au prochain arrêt et ainsi de suite. Darina, qui est aussi nouvelle dans le groupe, et qui a déjà 18 ans, fait partie aussi des récalcitrants, mais elle et son frère Kevin, c´est plus des réactions d´enfants gâtés, qui se conduisent comme des écoliers lors d´une sortie d´école, ils ne viennent pas d´une osada comme les autres, et n´ont pas cette philosophie du groupe caractéristique pour des jeunes venant des bidonvilles. Alors il faut aussi les surveiller et recadrer, ce qui fait que je passe mon temps à surveiller les grands, au lieu de me concentrer sur les petits. Heureusement que ceux- ci ne posent pas de problèmes, de même que le reste du groupe, mais ceux que j´ai évoqué ne font que commencer, et durant tout le séjour ne feront qu´empester, pourrir  l´atmosphère, mais ça, je ne pouvais pas le savoir ni imaginer dès le premier jour du départ en tournée.  Je n´avais vraiment pas besoin de cela, Helena et moi, nous étions déjà complétement épuisés par les turpitudes d´avant le départ, et ces prises de têtes inutiles entamaient encore plus le maigre restant de forces qui nous restaient. Et, hélas, pourrissaient sérieusement l´ambiance générale, qui sans cela était au top.

Nous nous sommes mis d´accord avec les chauffeurs pour faire un petit crochet par la Tour Eiffel en passant par Paris. Nous disposons d´une bonne marge de temps de conduite, alors nous y ajoutons aussi une visite vite-fait de Notre Dame. On fait le plein de photos touristiques, on achète 25 petites Tour Eiffel, comme ça il y en aura pour tout le monde, et on poursuit sur Montoire, que nous atteignons en début d´après-midi.