Welcome in Tziganie

 
 
 
 

Auch – Ville d’enfants, UNICEF, Théâtre de la Ville, 21 avril 2011

Auch – Festival Welcome in Tziganie, ateliers enfants, Maison de Gascogne,22 avril 2011

Auch – Welcome in Tziganie, spectacle, Kociani, 23 avril, 2011

Auch Welcome in Tziganie, animations, Mahalaï Raï Banda, 24 avril 2011

 

AUCH, CAPITALE DES BALKANS

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Des percussions énergiques, des accordéons impétueux, des cuivres déchaînés... Welcome in Tziganie !

Le temps d'un week-end prolongé, la cité de D'Artagnan laisse un peu de côté son statut de chef-lieu du Gers et se transforme en une bouillonnante bourgade des Balkans en accueillant le tumultueux festival Welcome in Tziganie !

Au programme, dans divers endroits de la ville : des expositions (les Roms vus par la peintre tzigane hongroise Laura Szabo et par la plasticienne auscitaine Christine Fort), des rencontres (avec les Kesaj Tchave, le reporter-photographe Alain Keller, et l'auteure Claire Auzias), un ciné-débat (projection du film Jimmy Rivière suivie d'un débat avec son réalisateur Teddy Lussi-Modeste), un conte musical, un stage de danse flamenco, une table ronde sur les conditions de vie des différentes communautés Roms à travers l'Europe... mais ce n'est pas tout.

LE RYTHME DES BALKANS

Le coeur de la fête se tiendra à Endoumingue, au coeur d'un village culturel. Vous pourrez y rencontrer des associations, découvrir des courts-métrages, des expos et de l'art tzigane, ainsi que des animations pour les enfants.

Et enfin, que serait un festival sans concerts ? Du flamenco avec Alma Flamenco Son Kalo, et de la musique balkanique déclinée à toutes les sauces, de la plus traditionnelle à la plus electro avec Kesaj Tchave, DJ Stanbul, Vrack, Haïde, Ioan Streba, Mahala Rai Banda, Raki Balkan Sound System... et les incroyables Kocani Orkestar !

Impossible de s'empêcher de taper du pied, des mains, de sauter, tourbillonner, virevolter sur le tempo des Balkans !

Publié le 2011-04-18 Auteur : A. Cassagnet

Welcome in Tziganie, du 21 au 24 avril à Auch, et sur le site d'Endoumingue. Tarifs concerts : 10/12/14 euros. Plus d'infos sur www.myspace.com/lairdesbalkans

 
 

Welcome en Tziganie

Après une semaine de tournée, lorsque nous arrivons à Auch pour le Festival Welcome en Tziganie, nous sommes déjà bien rodés pour l’essentiel. Heureusement qu’au moins ce festival a tenu ses engagements et nous sommes reçus comme des petites stars, avec une attention et un soin particulier. C'est-à-dire en omettant juste l’accueil de l’ingé-son qui devait assurer la sono pour la première soirée organisée avec l’UNICEF, dans le cadre de Auch – Ville-amie des enfants. Nous avons prévenus que nous serons en retard, car la  route était longue, donc la balance son passait après le rafraichissement des gosses après 10h de route, car il fallait tenir encore pour le spectacle du soir. Il n’en a fallu pas plus pour que ce monsieur nous invective et refuse de sonoriser la soirée, en punissant injustement non seulement notre groupe, mais aussi les quelques centaines d’enfants des écoles d’Auch et leurs parents qui devaient présenter lors de cette soirée le programme qu’ils ont préparé tout au long de l’année. Tous, les organisateurs, les enseignants, les directeurs étaient consternés. Mais c’était comme ça depuis une semaine qu’ils avaient affaire à lui. Explication – il était employé de la Scène Nationale. Bon… Le reste était parfait. Nous étions à l’affiche avec Kociani orchestar et Mahala Rai Banda. Autant dire avec ce qu’il y a de plus en vent aujourd’hui sur la scène tzigane internationale. Bien que dans une formation toute fraîchement reconstitué, nous étions contents de pouvoir nous confronter directement à une concurrence digne de ce nom. Nous étions superbement logés, dans un espèce de manoir, ancien couvent reconverti en gîte, dont les murs datent du 13éme. Magnifique, tranquilles, tout seuls, personne à la ronde, un cadre de films de chevaliers. Justement c’est ça qui posait problème. Alors que je m’émerveillais devant les chambres arrangées d’époque, avec même la literie de circonstance, je constate un certain effroi chez les jeunes, qui se répand très vite, et rapidement nous sommes obligés de changer la disposition des lits par chambres, afin qu’il y en ait le plus possible de groupés, car tous ont peur de cette bâtisse d’un autre âge, et c’est bien le cas de le dire, la chapelle centrale datait du 11éme siècle, et qu’il y a des esprits partout, ce n’est même pas la peine de se poser comme question, bien sûr il y en a partout.  Après une première nuit, que tout le monde a juré d’avoir passé sans dormir, tout rentre dans l’ordre, l’environnement est trop bien, on peut jouer au foot, jouer à cache cache, prendre des douches, passer des shampoings… On se fait la cuisine tout seuls. Le lendemain les petits, pour se donner du courage, vont tout seuls, dans le noir au cimetière qui fait partie du hameau, et prient à genoux à tue voix des Notre Père à fond comme lorsqu’ils sont sur scène. Ils rentrent tout fiers. Les esprits ne leur font plus peur. 

Notre spectacle est prévu en soirée. Il y a une bonne sono et un gars normal pour la servir. L’après-midi je dois participer à un débat sur la situation des Roms en Europe. Pour faire plaisir aux organisateurs j’accepte, et avec Joana qui remplace sa mère, Colette, nous passons le petit documentaire filmé de Bielka (toujours prêt à nous rendre service), et abordons le débat, que nous partageons aussi avec Claire Auzias. Jean-François et Domi, venus de Decazeville sont là aussi, et JF, tout enthousiaste, m’explique qu’il a lu les bouquins de Claire et que c’est plutôt bien écrit, pertinent, et me conseille de les lire. Je ne demande pas mieux, et suis d’autant plus étonné de découvrir que Claire a une façon de communiquer à la Dostoïevski, on se croit puni et châtié pour le seul fait de ne pas être Rom, de leur prendre la  parole, la culture, etc... Décidément il y a un paquet de problèmes personnels derrière cela, mais on n’a pas le temps de réagir, bien qu’on le sent passer quand même. Heureusement que Helena n’est pas là, on évite l’incident diplomatique grave, sinon pire, et tout compte fait la façon de se comporter de Claire par la suite explique à elle seule suffisamment le pourquoi de cette  bizarrerie. Notre soirée est super.  On est à fond. On fait que du tsigane pur jus. On ne compte pas la dépense ni l’investissement. On dégage une énergie à toute épreuve. Ce n’est pas de la vantardise. C’est un constat. Bien sûr les autres groupes, même de pointe, ne peuvent pas rivaliser à ce niveau. Ils sont tous pro, des super pros, et justement c’est ce qui fait que sur les paramètres énoncés ils sont en défaut par rapport à nous. Ils ont un son, des décibels, mais ils n’ont pas la « niaque ». Ils n’ont pas de raison de l’avoir, ils ne font que du cacheton. A la différence des nôtres (qui n’en ont pas). Mais tout se passe bien, le gars à la sono est juste légèrement endormi, il branche les micros que quand la chanson est bien entamée, son pote à la lumière fait des effets qui font rater tous nos enchaînements (il éteint et rallume à chaque fin de chanson sans s’apercevoir que c’est là que nous en mettons encore plus) et qui font notre spécificité… mais bon, il n’y a pas de mauvaise intention. C’est pareil pour les cuistots qui se sont mis en tête de nous faire goûter un repas végétarien ultra-bio-écolo qui, hélas, fini dans les poubelles. Le soir du spectacle n’est pas le mieux choisi pour ce genre d’expériences gastronomiques. Les contacts avec les autres musicos tsiganes sont pareils à l’habitude. Une crainte de concurrence et surtout une estime de soi démesurée de leur part font que ces rencontres ne sont souvent que superficielles. Là, nous sommes dans la norme, sans plus ni moins. Le lendemain c’est le spectacle de Mahalai Rai Banda, ce qui veut dire Grand Orchestre de Bidonville. Lorsque Shnurki attend tout content la sortie de scène des musiciens pour leur serrer la main, ils ne lui tendent pas la leur… Lamentable. Je ne l’ai su que plus tard, mais au moins je n’ai pas regretté de ne pas avoir chanté Djelem djelem avec eux à la fin de leur spectacle, comme me l’avait demandé Florian, le président du festival. Nous attendions tous sur le côté de la scène pour monter avec eux au final. A plusieurs reprises nos filles sont allées spontanément danser sur le devant de la scène, apportant un peu de fraîcheur juvénile à ces vieux routards du Balkan à l’occidentale. A la fin, nous devions être invités à participer ensemble au final en chantant l’hymne tzigane Djelem djelem. Mais personne ne nous a appelé, ni présenté. Dans un autre contexte, cela n’aurait aucune importance, mais là, vu le rapport hautain et froid de la part des musiciens, ce n’était pas pareil. Ces gosses qui viennent vraiment des bidonvilles ne sont pas là pour servir de coulisse pour des gars qui se servent de l’image des bidonvilles, de la misère des bidonvilles, de la misère de ces enfants, pour leur image de marque et ne sont même pas capables de serrer la main à un collègue parce qu’il est justement du bidonville… Je ne me sentais pas très fier en refusant d’aller à ce final, c’était une espèce de geste de révolte qui pénalisait le public, et nous n’étions pas là pour ça, au contraire. Peut-être que je hallucinais, que je me montais des histoires, mais quand j’ai appris le coup de la main refusée à Shnurki je ne pouvais pas faire autrement. Il y  a une multitude de personnages de toutes sortes qui font dans du « tsigane ». Ca peut être des chercheurs, des politiques, des écrivains, la plupart du temps des artistes. Peu importe. Ils peuvent mettre des chapeaux pour faire tsigane, mettre des habits déchirés pour faire « déchiré », jouer aux durs, mal polis, truands romantiques, petits malins… On s’en fiche. A chacun sa vie. Mais marquer au moins un peu de respect élémentaire pour ceux qui sortent du fin fond de ce monde tsigane me semble être la moindre des choses. Car, immanquablement, à chaque fois que l’on fait référence au « tzigane », il y a aussi l’aspect de la misère, de la pauvreté incroyable qui en est synonyme qui entre en jeu, et le public par son émotion et sa générosité suit. Les organisateurs, producteurs, programmateurs, qui se servent consciemment ou non de ce concept, pourraient eux aussi suivre un peu. Nous savions qu’en fin de tournée se préparait à la Villette une série de spectacles dont un était intitulé « Rue Tzigane. ». Nous avons contacté les organisateurs dans l’espoir d’y être programmés. Cela tombait pile au moment de notre retour sur Paris. On n’a pas fait affaire. J’ai su plus tard que l’évènement était plutôt pâle, morne, sans émotion ni vie que nous aurions pu lui apporter. Mais il n’y a pas que nous. Il y a aussi d’autres groupes venant directement du milieu tzigane. Jamais on ne les voit à l’affiche. Ca serait tellement dur de prendre le risque de les programmer de temps en temps? Je pense à des organisateurs qui programment du tsigane, donc font référence au monde tsigane. Mais bon, on ne peut  pas se plaindre. Tout ce qui manque dans le monde professionnel, on le retrouve partout ailleurs où nous passons. Des inconnus qui deviennent des amis, des gens de tous horizons qui réussissent des prouesses au niveau de l’organisation et qui arrivent à tenir ce pari incroyable qu’est d’accueillir plus de trente Tsiganes sans se prendre la tête pour cela.